Gasherbrum II (8 035 m), Pakistan

Avec Gorgan Wildberger et Serap Jangbu Sherpa, nous avons tenté l’enchaînement du Gasherbrum I (8 068 m) et du Gasherbrum II (8 035 m). Ces deux sommets de 8 000 mètres sont situés au cœur de la chaîne du Karakoram, à seulement quelques kilomètres du K2 et du Broad Peak, au Pakistan.

Gasherbrum II (8 035 m)

Introduction au massif du Gasherbrum

Situé dans le nord-ouest du Pakistan, aux frontières du Pakistan, de l’Inde et de la Chine, le massif du Gasherbrum possède la plus forte concentration de hauts sommets sur Terre. Le Karakoram est une étendue sauvage verticale d’une ampleur inégalée, abritant quatre des quatorze sommets de 8 000 mètres du monde : le K2 (8 611 m), le Broad Peak (8 047 m), le Gasherbrum I et le Gasherbrum II.

Le nom « Gasherbrum » se traduit de la langue balti par « paroi brillante ». Le Gasherbrum I, également connu sous le nom de K5 ou Hidden Peak, est le point culminant du groupe avec 8 068 mètres. C’est la 11e plus haute montagne du monde et elle reste l’un des sommets de 8 000 mètres les moins fréquentés. Depuis la première ascension le 5 juillet 1958 par Nicholas B. Clinch, Pete Schoening et Andy Kauffman, seuls 265 alpinistes ont atteint sa cime.

L’ascension du Gasherbrum I n’est pas facile. La voie normale via le couloir des Japonais est plus technique et exigeante que celles du Gasherbrum II ou du Broad Peak. Bien que le camp de base (5 150 m) et le camp 1 (5 950 m) soient partagés, l’itinéraire vers le sommet du « G1 » nécessite l’établissement d’un camp 2 à 6 250 m et d’un camp 3 à 7 200 m.

Tout proche se dresse le Gasherbrum II (anciennement K4), 13e plus haut sommet du monde avec 8 035 mètres. Gravi pour la première fois le 8 juillet 1956 par les Autrichiens Fritz Moravec, Josef Larch et Hans Willenpart, il compte 871 ascensions réussies. La voie normale suit l’arête sud-ouest, avec des camps d’altitude établis à 6 450 m (C2) et 7 000 m (C3).

Chronologie historique du Gasherbrum I

1892 Le nom de « Hidden Peak »

William Martin Conway, explorateur britannique, a nommé le Gasherbrum I « Hidden Peak » en raison de son isolement extrême, caché derrière les crêtes massives des géants entourant le glacier du Baltoro.

1934 Première tentative sérieuse

Une grande expédition internationale dirigée par l’explorateur suisse Günther Dyhrenfurth a atteint 6 300 mètres. C’était la première fois que le massif était exploré à des fins d’alpinisme.

1958 Première ascension

Le 5 juillet, les Américains Pete Schoening et Andy Kauffman ont atteint le sommet pour la première fois via l’arête Roch. Cela reste le seul 8 000 m dont la première ascension a été réalisée par une équipe américaine.

1975 La révolution du style alpin

Reinhold Messner et Peter Habeler ont marqué l’histoire en gravissant la face Nord-Ouest en pur style alpin (pas de cordes fixes, pas de camps d’altitude, pas d’oxygène). Cette ascension a radicalement changé la philosophie de l’alpinisme en haute altitude.

1982 Première ascension féminine

L’alpiniste française Marie-José Valençot est devenue la première femme à atteindre le sommet. La même année, une nouvelle voie a été ouverte sur la face Nord par une équipe allemande.

1984 La traversée historique

Reinhold Messner et Hans Kammerlander ont réalisé la toute première traversée de deux sommets de 8 000 m (Gasherbrum I et Gasherbrum II) sans repasser par le camp de base, un exploit qui leur a pris huit jours.

2012 Première hivernale

Adam Bielecki et Janusz Gołąb (Pologne) ont atteint le sommet le 9 mars, marquant la première hivernale réussie du Hidden Peak par des températures inférieures à -40 °C.

Chronologie historique du Gasherbrum II

1956
Première ascension

Le 8 juillet, une expédition autrichienne dirigée par Fritz Moravec, avec Josef Larch et Hans Willenpart, a réussi la première ascension par l’arête Sud-Ouest, qui reste aujourd’hui la voie normale.

1975
Première ascension féminine

Une expédition polonaise féminine a marqué l’histoire lorsque Halina Krüger-Syrokomska et Anna Okopińska ont atteint le sommet, marquant la première fois qu’une équipe féminine gravissait un 8 000 m en toute autonomie.

1984
La traversée légendaire

Reinhold Messner et Hans Kammerlander ont bouclé la toute première traversée de deux 8 000 m. Ils ont gravi le Gasherbrum II puis le Gasherbrum I d’une seule traite, sans revenir au camp de base.

1997
Nouvelle voie en face Sud

Une équipe russe a ouvert une nouvelle voie difficile dans la raide face Sud. Cette ascension a prouvé que le Gasherbrum II, bien que considéré comme « accessible », possède des faces extrêmement techniques.

2001
Record de vitesse

Denis Urubko a établi un record de vitesse impressionnant, grimpant du camp de base avancé (5 800 m) au sommet en seulement 7 heures et 30 minutes, illustrant le potentiel du sommet pour l’alpinisme rapide.

2011
Première hivernale

Simone Moro, Denis Urubko et Cory Richards ont réussi la première hivernale le 2 février. C’était le premier succès hivernal sur un 8 000 m du Karakoram, un exploit auparavant jugé impossible.

2019
Descente à ski depuis le sommet

Plusieurs équipes ont tenté des descentes à ski, mais 2019 a vu un regain d’intérêt pour le ski de haute altitude sur les pentes du G2, confirmant son statut de sommet privilégié pour le ski extrême sur 8 000 m.

L'expédition

L'équipe

J’ai eu la chance de faire équipe avec Gorgan Wildberger et Serap Jangbu Sherpa. À l’époque, Serap était sur le point de terminer les 14 8000 m ; il ne lui restait que le Gasherbrum I, le Broad Peak et le Nanga Parbat pour boucler la liste. Pour la partie trek, Anna et Cassidy sont restées avec nous jusqu’au camp de base à 5 150 m, puis ont entamé leur voyage de retour.

Pour optimiser notre logistique, Gorgan, Serap et moi avons partagé les services du camp de base avec l’équipe Altitude Junkies et ATP (Adventure Tour Pakistan).

Contexte géopolitique et Karakoram Highway

Lorsque nous avons entrepris cette expédition, la situation géopolitique dans la région était très complexe. Une présence talibane importante se trouvait à seulement quelques kilomètres de la Karakoram Highway (KKH), transformant le trajet vers les montagnes en un transit stressant et dangereux.

Le transfert vers Skardu a été extrêmement tendu. Nous étions escortés par des militaires armés et il nous était formellement interdit de quitter nos véhicules pendant le trajet. Pour notre sécurité, nous avons passé nos nuits dans des casernes militaires protégées, plutôt que dans des hôtels. Le passage des nombreux points de contrôle militaires a ajouté une dose de stress supplémentaire, les soldats eux-mêmes étaient très tendus et visiblement nerveux.

Ce n’est qu’en atteignant le camp de base que l’atmosphère s’est enfin apaisée. Cela dit, ce soulagement a été de courte durée, car le voyage de retour vers Islamabad à la fin de l’expédition s’est avéré tout aussi tendu et compliqué.

Trek vers le camp de base du Gasherbrum

L’équipe est arrivée à Islamabad le 6 juin. Comme le vol d’Islamabad vers Skardu a été annulé plusieurs fois à cause de la météo, nous avons fini par voyager par la route via la légendaire Karakoram Highway. Ce trajet de 28 heures en bus a été éprouvant, mais nous avons finalement atteint Skardu le 10 juin.

Quelques jours plus tard, nous avons rejoint Askole (2 950 m) après un autre trajet cahotique de 7 heures en jeep depuis Skardu (120 km), dernier avant-poste de la civilisation avant d’entrer dans la haute altitude. Le 13 juin, nous avons officiellement commencé le long trek depuis Askole vers le camp de base du Gasherbrum.

Askole (2 950 m) - Jhula (3 100 m)

Dans l’ensemble, le sentier était bien marqué, quittant les prairies herbeuses d’Askole pour suivre un chemin sablonneux le long de la rivière. Sous un soleil de plomb, la chaleur était intense et l’environnement ressemblait à un désert de haute altitude. Ce fut une longue marche poussiéreuse pour débuter notre périple dans le Karakoram.

Distance : ~20 km. Temps : 5 h 45.
Dénivelé : +430 m / -330 m.

Jhula - Paiju (3 450 m)

Nous avons continué le trek en suivant la vallée le long de la rivière. Paiju était un campement agréable, avec encore quelques arbres, les derniers du parcours. Paiju offrait une vue imprenable sur la Nameless Tower (située à l’est des tours de Trango).

Nous avons ensuite passé une journée de repos pour permettre à nos porteurs de préparer leurs provisions et à nos corps de commencer à s’adapter à l’altitude avant de prendre pied sur le glacier.

Distance : ~21 km. Temps : 5 h 30.
Dénivelé : +430 m / -190 m.

Paiju - Urdukas (4 050 m)

Après avoir quitté Paiju, le sentier a continué pendant environ une heure avant que nous ne posions enfin le pied sur l’immense glacier du Baltoro. À partir de là, le voyage s’est déroulé à 100 % sur la moraine glaciaire. Le terrain était fatigant, nous obligeant à zigzaguer sans cesse et à enchaîner les montées et descentes sur la glace recouverte de rochers.

Urdukas était perché sur les pentes au-dessus du glacier, sur le versant sud. C’était un site remarquable, offrant un dernier carré d’herbe et des vues vraiment exceptionnelles sur la vallée vers les flèches de granit des tours de Trango.

Distance : ~19 km. Temps : 6 h 45.
Dénivelé : +1 000 m / -390 m.

Urdukas - Goro II (4 300 m)

Après avoir quitté Urdukas, on s’est dirigé vers le centre du glacier du Baltoro. Lorsque le temps s’est dégagé, nous avons été récompensés par un panorama saisissant sur les sommets des plus emblématiques : le Masherbrum, la Muztagh Tower, le Gasherbrum IV et le Broad Peak. Le campement de Goro II était situé directement sur la glace du glacier.

Il a neigé abondamment pendant la nuit et les porteurs ont refusé de continuer dans ces conditions, nous obligeant à passer une seconde nuit imprévue à Goro II. Ces retards font partie des défis logistiques classiques du Karakoram.

Distance : ~14 km. Temps : 4 h 35.
Dénivelé : +510 m / -215 m.

Goro II - Shagring (4 750 m)

Depuis Goro II, le sentier a continué au centre du glacier jusqu’à Concordia. Ce site légendaire est la magnifique jonction de plusieurs glaciers massifs : le Baltoro, l’Abruzzi, le Godwin-Austen et le Vigne. Le panorama depuis Concordia était saisissant et il est considéré comme l’un des plus spectaculaires au monde. De ce seul point de vue, nous pouvions contempler deux géants de 8 000 mètres — le K2 et le Broad Peak — entourés d’une mer de sommets dépassant les 6 000 mètres.

Nous avons décidé de pousser plus loin pour camper à Shagring, un lieu bien plus propre et calme que le site principal de Concordia. Cette jonction est le cœur géographique du Karakoram : au nord, le trek vers le K2 et le Broad Peak suit le glacier Godwin-Austen ; au sud-ouest, l’itinéraire vers le col de Gondogoro traverse le glacier Vigne ; et pour nous, le chemin vers les Gasherbrums se dirigeait vers le sud-est sur la partie supérieure du glacier du Baltoro.

Distance : ~19 km. Temps : 7 h au total (dont 3 h 30 pour atteindre Concordia).
Dénivelé : +760 m / -340 m.

Shagring - Camp de base du Gasherbrum (5 150 m)

La dernière étape du trek vers le camp de base du Gasherbrum a été relativement courte, suivant la jonction des glaciers du Baltoro et de l’Abruzzi. Tout au long de la marche, nous étions entourés de sommets impressionnants, avec des vues remarquables sur les massifs du Gasherbrum, le Chogolisa, le Mitra Peak et le Baltoro Kangri.

Nous avons finalement établi notre camp de base sur la moraine centrale du glacier de l’Abruzzi, positionné juste sous l’entrée chaotique de la cascade de glace qui mène au Gasherbrum I. Ce fut notre résidence pour plusieurs semaines, un monde de roche et de glace au pied des géants de 8 000 mètres.

Distance : ~11 km. Temps : 3 h 30.
Dénivelé : +500 m / -210 m.

L'ascension

23 juin

Anna et Cassidy ont quitté le camp de base. Elles avaient espéré rentrer par le Gondogoro La, mais le col est resté fermé à cause des fortes chutes de neige récentes. Elles ont donc été contraintes d’emprunter le même chemin pour le retour.

Elles ont finalement atteint Islamabad après un trek mémorable pour redescendre le glacier du Baltoro, suivi d’un trajet routier éprouvant marqué par la peur des récentes attaques le long de la Karakoram Highway. La situation sécuritaire ajoutait une couche de stress importante à un voyage déjà éprouvant.

23 - 28 juin

Sur une période de cinq jours, nous avons effectué plusieurs rotations, avec des sacs de 20 kg, entre le camp de base (5 150 m) et le camp 2 (6 450 m) pour nous acclimater et acheminer le matériel vers les camps d’altitude. La traversée de la cascade de glace du Gasherbrum, située entre le camp de base et le camp 1 (5 950 m), nous obligeait à parcourir plus de 10 km à chaque trajet en raison des nombreux lacets et détours pour contourner les crevasses.

Dénivelé total (par rotation) : +1 300 m
Poids moyen du sac : 20 kg

29 juin - 3 juillet

Nous avons continué les portages vers les camps d’altitude, mais progresser au-dessus du camp 2 (6 450 m) a été impossible. Les chutes de neige étaient constantes, déclenchant des avalanches régulières sur tous les versants des sommets environnants. Malheureusement, les prévisions météo pour les jours suivants sont restées mauvaises, n’offrant aucune amélioration pour monter plus haut.

4 - 11 juillet

Les prévisions météorologiques ont été régulièrement fausses ; les fenêtres de beau temps prévues étaient sans cesse repoussées, remplacées par des chutes de neige continues et des vents dépassant les 80 km/h. Sur le Gasherbrum II, des avalanches se produisaient quotidiennement, laissant les pentes au-dessus du camp 2 (6 450 m) trop exposées. On a seesayé de s’adapter et de basculer sur le Gasherbrum I via le couloir des Japonais.

Comme cet itinéraire est plus raide et principalement en glace vive, il était moins exposé aux avalanches que les pentes chargées G2. Pendant ce temps, l’équipe tentant le Gasherbrum IV a abandonné son expédition, et les équipes voisines sur le K2 et le Broad Peak ont rapporté les mêmes conditions critiques dans tout le Karakoram.

12 - 16 juillet

Nous n’avons pas eu plus de succès sur le Gasherbrum I (8 068 m). Un cycle inlassable s’est répété : deux jours de fortes chutes de neige déposant 50 à 80 cm de poudreuse fraîche, suivis d’un ciel dégagé. Mais, l’ascension restait impossible pendant ces fenêtres car nous devions attendre que le manteau neigeux se stabilise, alors que les vents au sommet dépassaient souvent les 70 km/h.

Avant que les conditions ne puissent se stabiliser, le cycle de mauvais temps recommençait. Face à ces conditions, plusieurs équipes ont abandonné leurs objectifs et ont décidé d’entamer leur retour vers la civilisation, marquant la fin de la saison pour beaucoup dans le Karakoram.

17 juillet - 5 août

Pendant 19 jours désespérants, le même cycle a continué : deux à trois jours de mauvais temps suivis de seulement deux jours de beau. Lors de ces brèves éclaircies, les températures montaient rapidement, déclenchant des avalanches généralisées sur toutes les pentes. À chaque fois, la trace était à refaire et les crevasses de la cascade de glace du Gasherbrum étaient masquées par la neige fraîche et instable.

Un alpiniste a quand même tenté une ascension en solitaire sur le Gasherbrum II mais il est décédé. Suite à cela, toutes les expéditions sur le Gasherbrum IV (7 925 m) et le Gasherbrum VI (6 979 m) ont abandonné. Avec des prévisions météo n’indiquant aucune amélioration pour la semaine suivante, nous avons pris la décision laisser tomber également.

Nous nous sommes coordonnés avec les équipes restantes pour une dernière rotation afin de récupérer tout le matériel laissé dans les camps supérieurs et de tout redescendre au camp de base. Puis nous avons attendu l’arrivée des porteurs pour le long trek de retour vers Skardu.

Autres sommets de 8 000 m

Cette année, les conditions dans tout le Karakoram ont été exceptionnellement mauvaises. Personne n’a atteint le vrai sommet du Broad Peak (8 051 m) et, malheureusement, plusieurs décès ont eu lieu sur le Broad Peak et le K2 (8 611 m). Sur le Gasherbrum VI (6 979 m), Daniela Teixeira et Paulo Roxo ont fait plusieurs tentatives mais ont dû faire demi-tour à cause de l’instabilité de la neige et des avalanches constantes.

Pour des raisons similaires, les objectifs sur le Gasherbrum III (7 946 m) et le Gasherbrum IV (7 925 m) sont restés hors de portée pour Don Bowie, David Falt, Bruce Normand, Guy McKinnon et Billy Peirson. Seul point positif, Arian Lemal, qui faisait partie d’une expédition aux Gasherbrum I et II, a fait d’énormes efforts pour nettoyer les alentours du camp de base. Il a récupéré les déchets abandonnés au camp de base du Gasherbrum (5 150 m) et au camp 1 (5 950 m), poursuivant la mission de nettoyage qu’il avait déjà initiée sur l’Aconcagua.

Trek du camp de base au Gondogoro La et Hushe

Nous avons décidé de rentrer faisant le trek de retour par Gondogoro La (5 600 m) plutôt que l’itinéraire classique du Baltoro emprunté à l’aller. Ce trek du camp de base du Gasherbrum (5 150 m) vers Hushe est l’une des traversées de haute altitude les plus exigeantes et panoramiques du Karakoram.

Bien que les paysages aient été magnifiques, le trek s’est avéré, lui aussi, mémorable. Le terrain était nettement plus exposé et rude que la plupart des itinéraires de haute altitude au Népal. La traversée a passe par des moraines glaciaires complexes et parfois exposées.

Atteindre le col a offert un panorama unique à 360 degrés sur quatre géants de 8 000 mètres : le K2 (8 611 m), le Broad Peak (8 051 m), le Gasherbrum I (8 068 m) et le Gasherbrum II (8 035 m). La descente vers la vallée de Hushe a été une transition spectaculaire entre le monde glaciaire austère des hauts sommets et les premiers signes de végétation alpine et de villages baltis traditionnels.

Camp de base du Gasherbrum - Ali Camp (5 050 m)

La première partie du trek a suivi le même itinéraire qu’à l’aller. En arrivant à la jonction où le glacier du Baltoro oblique vers le nord vers Concordia, nous avons quitté la moraine centrale en direction de Shagring pour entamer une traversée vers l’ouest du corps principal du glacier. Nous avons franchi plusieurs moraines techniques et des sections de glace vive avant de rejoindre une petite trace sur le bord extrême ouest du glacier.

Nous sommes ensuite descendus vers le glacier Vigne, en tournant vers le sud-est pour remonter son cours le long du côté ouest. La progression sur le glacier nous a obligé à traverser plusieurs rivières glaciaires ; particulièrement délicates à négocier à l’approche du camp. Nous avons fini par atteindre Ali Camp (4 800 m). Le site offrait très peu d’emplacements plats pour les tentes et était malheureusement encombré de nombreux déchets abandonnés.

Distance : ~19 km. Temps : 8 h.
Dénivelé : +400 m / -500 m.

Ali Camp - Col de Gondogoro (5 600 m) - Shaisho (3 400 m)

Après avoir quitté Ali Camp (4 800 m) à 1 h 00, nous avons galéré pour traverser plusieurs rivières glaciaires. Avec les fortes chutes de neige de la saison, l’itinéraire était équipé de cordes fixes depuis le pied de la face nord du Gondogoro La (5 600 m) jusqu’au col. À la descente, les pentes d’éboulis normalement raides étaient entièrement dissimulées sous une épaisse couche de neige.

Après la descente, nous nous sommes arrêtés pour déjeuner à Huespah, un site agréable avec une vue saisissante sur l’emblématique Laila Peak (6 096 m). Il nous restait une longue distance à parcourir. Nous avons continué la longue marche vers Shaisho (3 330 m), un campement situé au bord d’une rivière et abrité par les premiers arbres rencontrés depuis le début du trek.

Distance : ~28 km. Temps : 12 h (dont 3 h 45 pour l’ascension du col).
Dénivelé : +900 m / -2 300 m.

Shaisho - Hushe (3 180 m)

La dernière section du sentier de Shaisho (3 330 m) à Hushe (3 050 m) était bien entretenue et relativement courte, marquant notre retour définitif dans les zones habitées. En atteignant le village de Hushe, nous avons terminé la partie trek de notre expédition.

Depuis Hushe, il a fallu 6 heures de trajet en jeep pour rejoindre Skardu, en naviguant sur les pistes de montagne escarpées qui suivent les rivières Shyok et Indus. Ce voyage a officiellement bouclé la boucle de notre expédition 2009 dans le Karakoram.

Distance : ~10 km. Temps : 2 h 10.
Dénivelé : +50 m / -270 m.

Informations

Gasherbrum II (8 035 m) – arête sud-ouest

  • Camp de base (5 150 m) : situé sur la moraine centrale du glacier de l’Abruzzi.
  • Du camp de base au camp 1 (5 950 m) : traversée de la cascade de glace du Gasherbrum. Cette section oblige à naviguer dans un labyrinthe de 10 km de crevasses et de séracs.
  • Du camp 1 au camp 2 (6 450 m) : ascension de la « Banana Ridge ». L’itinéraire suit un éperon de neige et de glace raide avec des pentes soutenues de 40° à 50°.
  • Du camp 2 au camp 3 (7 000 m) : progression le long de la partie supérieure de l’arête sud-ouest. Le terrain devient un large plateau de haute altitude. L’inclinaison diminue mais l’itinéraire est exposé aux vents de nord-ouest.
  • Du camp 3 au sommet (8 035 m) : la voie commence par une longue traversée en diagonale à travers la face Sud-Ouest pour atteindre la base de la pyramide sommitale. La section finale consiste en un raide couloir de neige (environ 45°) menant directement à l’arête sommitale étroite.

Gasherbrum I (8 068 m) - (couloir des Japonais)

  • Camp de base (5 150 m) : partagé avec le Gasherbrum II, situé sur la moraine du glacier de l’Abruzzi.
  • Du camp de base au camp 1 (5 950 m) : traversée de la cascade de glace du Gasherbrum. Parcours d’une section de 10 km de glace mouvante, de crevasses et de séracs. Cette étape est commune aux itinéraires du G1 et du G2.
  • Du camp 1 au camp 2 (6 450 m) : traversée de la « vallée du Gasherbrum » (le haut plateau) suivie de l’approche du pied de la face Nord-Ouest. Le terrain est une progression sur glacier relativement plat avec un risque important de crevasses.
  • Du camp 2 au camp 3 (7 100 m) : ascension du couloir des Japonais. C’est le crux de l’itinéraire, un couloir de neige et de glace soutenu avec une inclinaison moyenne de 50° à 55°. Il nécessite environ 600 m de cordes fixes en terrain mixte.
  • Du camp 3 au sommet (8 068 m) : la voie sort du couloir sur les pentes supérieures. Ensuite il faut grimper des pentes de neige (40°-45°) et naviguer à travers des barres rocheuses pour atteindre l’arête sommitale finale.

Coordonnées GPS

  • Askole : 35°40.978N / 75°49.006E
  • Jhula : 35°41.470N / 75°58.464E
  • Paiju : 35°40.631N / 76°07.542E
  • Urdukas : 35°43.637N / 76°17.072E
  • Goro II : 35°44.673N / 76°24.075E
  • Concordia : 35°44.551N / 76°30.771E
  • Shagring : 35°42.472N / 76°34.136°E
  • BC Gasherbrum : 35°41.164 N / 76°39.023 E
  • Gasherbrum C1 : 35°43.841N / 76°38.859E
  • Ali Camp : 35°39.891N / 76°30.739E
  • Gondogoro Pass : 35°39.240N / 76°28.265E
  • Shaisho : 35°31.020N / 76°24.190E
  • Hushe : 35°39.891N / 76°30.739E

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