K2 (8 611 m)
Le K2, deuxième plus haut sommet du monde, est situé à la frontière entre le Pakistan et la Chine dans la chaîne du Karakoram. Bien que l’Everest soit plus haut, le K2 est reconnu pour sa difficulté parmi les 8 000. Cette réputation repose sur son altitude, la météo spécifique du Karakoram et la technicité de ses voies. Cette pyramide impose une escalade soutenue et une gestion constante des dangers objectifs (chutes de pierres, de séracs et avalanches).
Les alpinistes italiens Lino Lacedelli et Achille Compagnoni ont réalisé la première ascension du K2 en 1954. Ce succès a été possible grace à Walter Bonatti et le porteur pakistanais Amir Mehdi, qui ont bivouaqué sans tente à 8 100 m pour acheminer les bouteilles d’oxygène nécessaires à l’assaut final.
L’itinéraire le plus fréquenté aujourd’hui est l’Éperon des Abruzzes (Arête Sud-Est). Il doit son nom au Duc des Abruzzes, l’explorateur italien Louis-Amédée de Savoie, qui mena la première tentative en 1909. Bien que son équipe n’ait atteint que 6 250 m, leur expédition a permis de repérer la voie pour les futurs grimpeurs.
Géographiquement, le K2 domine le glacier Godwin-Austen. Son nom local est Chogori, signifiant « Le Roi des Montagnes » en Balti, bien que ce soit T.G. Montgomerie qui le désigna « K2 » (Karakoram 2) en 1856. La plupart des expéditions accèdent à la montagne par le versant pakistanais via le glacier du Baltoro, après un long trek d’approche.
L’histoire de la montagne compte plusieurs expéditions notables. En 1939, une équipe américaine menée par Fritz Wiessner a atteint un point proche du sommet. La seconde ascension réussie a été réalisée en 1977 par une équipe japonaise, mettant fin à une période de 23 ans sans sommet.
K2 Historic Timeline
1954
Première ascension
L’expédition italienne menée par Ardito Desio réussit la première ascension du K2. Achille Compagnoni et Lino Lacedelli atteignent le sommet via l’Éperon des Abruzzes.
1977
L’ascension massive japonaise
Une expédition japonaise colossale (incluant 1 500 porteurs) réalise la seconde ascension, 23 ans après les Italiens, confirmant l’extrême difficulté de ce sommet.
1978
Première sans oxygène
L’américain Louis Reichardt devient le premier à atteindre le sommet sans oxygène supplémentaire, prouvant que c’était physiologiquement possible même sur la « Montagne Sauvage ».
1986
La voie polonaise et l’été meurtrier
Jerzy Kukuczka et Tadeusz Piotrowski ouvrent la « Voie Polonaise » en face Sud, un itinéraire si dangereux qu’il n’a jamais été répété. Cette même année, 13 alpinistes perdent la vie lors de violentes tempêtes.
1986
Record de vitesse
L’alpiniste français Benoît Chamoux réalise l’ascension par l’Éperon des Abruzzes en un temps remarquable de 23 heures.
2004
La Magic Line
Considéré comme l’itinéraire le plus technique, le pilier Sud-Sud-Ouest est gravi par une équipe catalane menée par Jordi Corominas.
2018
Première descente intégrale à ski
Le skieur alpiniste polonais Andrzej Bargiel marque l’histoire en réalisant la première descente intégrale à ski du sommet au camp de base sans déchausser.
2021
Première hivernale
Une équipe népalaise, menée par Nirmal Purja et Mingma G, réussit la première ascension hivernale du K2.
L'expédition
L'équipe et la logistique
Nous étions sept alpinistes indépendants partageant le même permis d’ascension et la même logistique. Bien que venant d’horizons différents, chacun de nous avait réalisé de nombreuses expéditions et gravi plusieurs sommets de 8 000 mètres avant cette tentative. Nous ne nous connaissions pas avant l’expédition, mais nous avons rapidement formé une bonne équipe. Pour ma part, j’ai principalement grimpé avec Noel. Nous avons partagé de nombreuses heures sur la montagne, et c’est avec une grande tristesse que j’ai appris sa disparition sur l’Annapurna quelques années plus tard.
Il y avait de nombreuses autres équipes sur la montagne cette année-là, reflétant la popularité croissante du K2. J’ai croisé plusieurs alpinistes rencontrés sur d’autres sommets par le passé, mais j’étais particulièrement heureux d’en revoir deux : Mike Horn et Fred Roux.
Ils étaient là avec Kobi Reichen pour leur troisième tentative au K2, optant cette fois pour la voie Cesen. Je ne les avais pas revus depuis notre expédition au Makalu, et il était clair qu’ils n’avaient rien perdu de leur énergie et de leur motivation caractéristiques.
D'Islamabad à Skardu par la Karakoram Highway
L’expédition a débuté par les formalités administratives à Islamabad. L’obtention du permis d’ascension pour le K2 a pris plus de temps que prévu, et nous avons dû patienter dans la capitale avant de recevoir l’autorisation.
Bien que des vols existent entre Islamabad et Skardu, ils sont fréquemment annulés en raison des conditions météorologiques. Nous avons donc voyagé par la Karakoram Highway (KKH). La route est souvent touchée par des glissements de terrain et des chutes de pierres, demandant une conduite prudente. Nous avons également traversé des régions où les mesures de sécurité étaient strictement appliquées (zone sous contrôle taliban).
Nous avons quitté Islamabad en convoi de quatre bus, voyageant aux côtés de l’équipe d’expédition du Broad Peak. Cette approche collective est la norme dans la région.
La première étape du voyage s’est déroulée sans incident, bien que les températures aient atteint 35 °C dans des bus sans climatisation. Il nous a fallu environ 7 à 8 heures pour atteindre Besham. L’état de la route était bon, nettement mieux que lors de notre expédition au Gasherbrum. Des militaires étaient quand même présents pour sécuriser l’hôtel où nous avons passé la nuit.
De Besham à Skardu
Nous sommes partis tôt le matin du 28, sous protection militaire. Deux jeeps avec des gardes armés encadraient notre bus, et nous avions même un homme armé d’une Kalachnikov à bord avec nous. Cependant, contrairement aux fois précédentes, je n’ai pas senti que ma sécurité était menacée. La route elle-même s’était considérablement améliorée, avec de nombreuses nouvelles sections goudronnées et des travaux en cours, financés par les Chinois.
Malgré les améliorations, la route reste dangereuse car elle est située dans des gorges abruptes. De nombreuses sections sont exposées aux chutes de pierres et au vide en contrebas. Le tronçon entre Besham et Chilas a été particulièrement éprouvant. Cette zone est brûlante, située à une altitude moyenne de 1 000 m et entourée de falaises brunes et de rochers.
Vers midi, la température a grimpé à environ 35-40 °C et nous suffoquions dans le bus. Le paysage était assez désolé : sec, rocheux et sablonneux, avec le fleuve Indus serpentant dans la vallée. Le seul répit a été d’apercevoir le Nanga Parbat au loin, encadré par des dunes de sable.
Après 21 heures de bus, nous sommes arrivés à Skardu. Ce long transit a précédé le début de notre expédition en montagne et a fait partie intégrante de notre préparation physique initiale.
Trek vers le camp de base du K2
Le trek vers le camp de base du K2 est probablement l’un des plus beaux du monde. Mais il est clairement un des plus difficiles. Le terrain est compliqué avec plusieurs jours le long de la moraine du glacier du Baltoro. De plus, la météo est fatigante et peut varier d’une chaleur intense les jours ensoleillés à des pluies torrentielles et des tempêtes de neige.
Pourtant, lorsque le ciel est dégagé, les vues sur les montagnes sont époustouflantes : Tours de Trango, Masherbrum, Broad Peak, Gasherbrum, K2… Au total, le trek d’Askole au camp de base du K2 fait environ 100 km de long avec 3 400 mètres de dénivelé positif.
1er juillet : Skardu - Askole (2 950 m)
Le trajet de Skardu à Askole a pris 6 heures et s’est bien déroulé. Un pont était trop endommagé pour être franchi par les jeeps, nous avons donc changé de véhicules de l’autre côté.
Askole est un petit village agréable, le dernier hameau de la vallée.
2 juillet : Askole - Jhula (3 160 m)
La logistique de notre expédition était partagée avec l’équipe du Broad Peak, ce qui signifiait que nous avions un total de 400 porteurs pour nous aider. Nous sommes partis à 6h du matin, profitant de la fraîcheur matinale avant que la température ne commence à monter.
Le temps était fantastique et les vues à couper le souffle. Le sentier longeait une large rivière aux rives sablonneuses, flanquée de collines imposantes et de montagnes enneigées. Notre premier arrêt fut à Jhula, un camp poussiéreux et assez désagréable, pas l’endroit le plus plaisant de notre trek.
Étape : 20 km, +390 m/-260 m, 3h55.
3 juillet : Jhula - Paiju (3 450 m)
Nous avons quitté Jhula à 6h du matin, une heure après les autres équipes et les porteurs, ce qui a rendu le sentier un peu plus fréquenté. La première heure était confortable à l’ombre, mais la chaleur est ensuite revenue. J’ai réussi à maintenir un rythme régulier, dépassant tous les porteurs chargés de leurs impressionnants fardeaux de 25 kg. Connaître l’itinéraire et avoir un GPS a facilité la gestion de mon effort, et le terrain sablonneux et poussiéreux me rappelait les courses dans le désert, me donnant envie de courir.
En fin de journée, nous avons aperçu pour la première fois le K2, seul sommet arborant un panache signe de vent violent. Je suis arrivé à Paiju, situé à 3 450 m, en 4h15, avec de bonnes sensations. Paiju est l’un des rares endroits du sentier avec des arbres, offrant un répit face au soleil brûlant.
Étape : 20 km, +505 m/-290 m, 4h10.
4 juillet : journée de repos à Paiju (3 450 m)
Aujourd’hui était une journée de repos pour les porteurs, nous sommes donc tous restés à Paiju.
5 juillet : Paiju - Urdukas (4 050 m)
La première heure après Paiju a été aisée, mais les choses sont vite devenues difficiles lorsque nous avons commencé à marcher sur la moraine du Baltoro. Le sentier était mal marqué, avec de nombreux rochers instables, et nous a obligés à traverser des montées et descentes sur 19 km tout en gagnant 1 000 mètres d’altitude. Cette journée a probablement été la plus dure de tout le trek vers le Camp de Base.
Malgré les difficultés, nous avons fini par arriver au camp d’Urdukas, situé dans un lieu beau avec une vue imprenable sur la Tour de Trango.
Étape : 19 km, +1 000 m/-380 m, 4h45.
6 juillet : Urdukas - Goro 2 (4 300 m)
Nous avons quitté Urdukas tôt le lendemain matin pour continuer notre progression sur le glacier du Baltoro. Le terrain était inégal, mais le temps clair offrait une visibilité constante sur le Gasherbrum IV et le Masherbrum tout au long de la journée.
Nous avons atteint Goro 2 à 4 300 m, situé dans la section centrale du glacier. Nous y avons établi notre camp et organisé notre matériel pour l’étape suivante.
Détails de l’étape : 12 km, +535 m/-305 m, 3h10.
7 juillet : Goro 2 - Broad Peak CB (4 700 m)
La progression a continué sous une météo favorable, offrant des vues dégagées sur les massifs environnants. Durant cette étape de 19 km, nous étions entourés par plusieurs sommets majeurs du Karakoram, dont la Tour de Muztagh, le Mitre Peak, les Gasherbrum, le Broad Peak et le K2. Nous avons établi notre camp près du Broad Peak, sur le glacier Godwin-Austen.
Détails de l’étape : 19 km, +680 m/-250 m, 5h.
8 juillet : Broad Peak CB - K2 CB (5 000 m)
La marche d’aujourd’hui était courte avec la face massive du K2 constamment devant nous. Finalement, nous sommes arrivés tôt et avons passé le reste de la journée à installer notre camp de base.
Étape : 6 km, +250 m/-40 m, 1h10
L'ascension du K2
9-11 juillet : première rotation au Camp 1 du K2 (6 050 m)
Après un premier aller-retour au camp de base avancé (5 300 m), nous avons effectué notre première rotation au camp 1 (6 050 m). L’objectif des rotations était de s’acclimater à la haute altitude et de transporter toutes les charges (matériel, nourriture, vêtements, tente, etc.) vers les camps supérieurs.
Nous avons atteint le camp de base avancé (ABC) en 2 heures. La marche de 4,5 km sur le glacier Godwin-Austen s’est bien passée et la cascade de glace est relativement courte. Depuis l’ABC, la pente devient plus raide (30 à 60 degrés) et avec le sac lourd, il m’a fallu 3 heures pour arriver au C1.
Nous y avons passé une nuit froide et venteuse avant de redescendre au camp de base (2h30).
12-13 juillet : repos au camp de base du K2
Temps de repos et de récupération après la première rotation pour se préparer à la seconde.
14-17 juillet : seconde rotation jusqu'à 6 900 m
18-23 juillet : le jeu de l'attente au CB du K2
Nous avons quitté le Camp de Base tôt le matin pour minimiser l’exposition aux chutes de pierres et aux avalanches liées à la hausse des températures. J’ai atteint le Camp 1 en 4h30, aidé par une meilleure acclimatation.
Le lendemain, nous avons gravi la Cheminée House et atteint le Camp 2 dans la matinée, 3h15 après avoir quitté le Camp 1.
Nous avons passé une première nuit à 6 650 m. Le jour suivant, je suis monté à 6 900 m sur la Pyramide Noire avant de redescendre au Camp 2 pour une seconde nuit.
Nous sommes retournés au Camp de Base après trois jours en altitude. La descente impliquait un dénivelé négatif de 1 700 m, ce qui a pris 3h15 depuis le Camp 2. Lors de la descente, nous avons déposé notre matériel au Camp de Base Avancé.
De retour au Camp de Base, nous avons surveillé les conditions pour une tentative de sommet, mais la météo est restée mauvaise. La terrible vague de chaleur affectant le Pakistan, qui a causé 2 000 morts à travers le pays, a également atteint le massif montagneux. Cela a provoqué une hausse significative des températures à haute altitude.
Nous utilisions des vêtements légers même à 5 000 m, l’isotherme 0 °C étant remontée à 7 000 m. Chutes de pierres et avalanches étaient quotidiennes durant cette période. Des ruisseaux d’eau se sont formés jusqu’à une altitude de 6 000 m !
Dans ces conditions, une avalanche sur le Broad Peak a entraîné la mort d’un porteur et blessé trois alpinistes.
Deux avalanches massives ont détruit nos camps. Nous avons perdu tout notre matériel et nos tentes.
24-26 juillet : tentative de sommet du K2
La fenêtre météo stable ne s’est pas matérialisée et les prévisions restaient incohérentes. Une grosse avalanche est descendue de 7 000 m jusqu’au glacier, charriant des restes humains des années précédentes. Malgré ces conditions et un moral au plus bas, nous avons décidé de tenter le sommet, sans trop y croire. Compte tenu de la courte fenêtre météo, nous avons choisi de partir directement du Camp de Base au Camp 2, visant le sommet le 27.
Cependant, une avalanche a atteint notre Camp de Base Avancé, ensevelissant notre matériel d’escalade, y compris crampons, piolets et baudriers. Nous avons commencé à chercher l’équipement en utilisant ce qu’on avait pour creuser, des piolets et des ustensiles de cuisine. Bien que nous ayons reçu de l’aide et des pelles plus tard, c’était trop dangereux de continuer à creuser car les avalanches se poursuivaient dans la zone.
Après trois jours à creuser, nous n’avons récupéré qu’une partie de notre équipement. La perte du matériel technique et les prévisions météo défavorables ont marqué la fin de notre expédition.
Mike Horn et Fred Roux ont également été forcés de faire demi-tour. Ils avaient fourni un effort incroyable, faisant inlassablement la trace encore et encore, seuls sur la voie Cesen.
Au final, aucune équipe n’a réussi et personne n’a atteint le sommet du K2 cette année-là. Les conditions se sont avérées insurmontables pour tout le monde sur la montagne.
27 juillet - 6 août : trek de retour vers Islamabad
Nous sommes redescendus à Askole en 4 jours et avons finalement rejoint Islamabad 5 jours plus tard, après une nouvelle expérience épique sur la Karakoram Highway.
L'itinéraire de l'Éperon des Abruzzes
Le camp de base (CB) est situé sur le glacier Godwin-Austen à environ 5 000 mètres. Ensuite, depuis le CB, l’itinéraire remonte le glacier Godwin-Austen et traverse une courte cascade de glace pour atteindre la base de l’Arête Sud-Est. Le camp de base avancé (ABC) est installé à 5 300 m (4,5 km du CB). Ce camp sert plus de dépôt de matériel que de véritable camp, c’est ce camp qui a été détruit par l’avalanche.
L’Éperon des Abruzzes débute au-dessus de l’ABC et grimpe une pente de 45° à 65° jusqu’au Camp 1. Le Camp 1 est établi sur une petite arête rocheuse à 6 050 m, exposée aux chutes de pierres et aux avalanches. En général, il faut environ 4h30 du CB au C1.
Plus haut, l’itinéraire continue à travers des pentes de neige et du rocher
Au-dessus du C2
Ensuite, quelques pentes de neige et arêtes mènent à la première section difficile de la voie : les 400 m de la Pyramide Noire. Elle consiste en un terrain mixte raide avec quelques sections verticales. Le Camp 3 est installé juste au-dessus de la Pyramide Noire à 7 400 m. L’emplacement est un peu plus grand qu’au C1 et C2 mais reste très exposé aux avalanches.
Depuis le C3, l’itinéraire est principalement une pente de neige à 30-40° menant à l’Épaule (sujette aux avalanches). L’Épaule est une large section peu pentue de l’arête débutant à 7 700 m. Il y a plusieurs endroits pour installer le Camp 4 sur ce plateau, le meilleur étant vers 7 950 m. Le Camp 4 est relativement sûr mais très exposé aux vents. De là, la pente devient progressivement plus raide et se termine au Bottleneck, un couloir étroit et raide à 80° sous un énorme sérac.
Enfin, au sommet du Bottleneck, l’itinéraire traverse vers la gauche (pente à 55°). Peu après cette traversée, la voie continue plus ou moins tout droit jusqu’au sommet.
Sommet du K2, 8 611 m
Camp 4, 7 950 m
Camp 3, 7 400 m
C2, 6 700 m
Pyramide Noire
Camp de base, 5 000 m
C1, 6 050 m
Bottleneck, 8 200 m
Ressources utiles


