Le Toit du Monde
Culminant à 8 848 mètres dans l’Himalaya, le Mont Everest est le point le plus haut de la Terre. Connu sous le nom de Chomolungma (« Déesse Mère du Monde ») par les Tibétains et Sagarmatha au Népal, la montagne chevauche la frontière entre le Népal au sud et la Chine (Tibet) au nord. Depuis près d’un siècle, il est le point central de l’exploration et de l’alpinisme. Depuis les premières expéditions de reconnaissance dans les années 1920, le Mont Everest a servi de scène majeure pour l’endurance humaine. De nombreux événements historiques se sont déroulés sur ses hautes arêtes, reliant les premiers pionniers aux alpinistes modernes. Cette histoire représente un fil continu d’aventure, du mystère de Mallory et Irvine à la première ascension réussie par Hillary et Tenzing.
Les deux voies : Sud vs Nord
Les alpinistes gravissent généralement le Mont Everest par deux itinéraires principaux : l’Arête Sud-Est depuis le Népal et l’Arête Nord-Est depuis le Tibet. Les deux voies atteignent le sommet à 8 848 m, mais présentent des caractéristiques topographiques et techniques distinctes.
L’Arête Sud-Est (Népal)
L’itinéraire sud commence au camp de base (5 364 m).
- Camp 1 (6 065 m) : Situé au-dessus de la cascade de glace du Khumbu, une section glaciaire mouvante caractérisée par de profondes crevasses et des tours de glace (séracs).
- Camp 2 (6 400 m) : Situé dans la Western Cwm, une large vallée glaciaire (combe ouest).
- Camp 3 (7 300 m) : Positionné dans la Face du Lhotse, une étendue de glace bleue inclinée entre 40 et 50 degrés.
- Camp 4 (7 925 m) : Situé au Col Sud, un plateau de haute altitude servant de dernier point d’étape.
Difficultés Techniques : Le principal obstacle technique est la cascade de glace du Khumbu, qui nécessite l’utilisation d’échelles fixes et de cordes pour naviguer dans la glace mouvante. Plus haut, le Ressaut Hillary (8 790 m) était auparavant un mur vertical de 12 mètres en rocher et glace ; cependant, depuis le séisme de 2015, il s’est transformé en une pente raide de neige et de rocher.
L’Arête Nord-Est (Tibet)
L’itinéraire nord commence au camp de base à 5 150 m, avec un camp de base avancé (ABC) à 6 400 m situé sur le glacier East Rongbuk.
- Camp 1 (7 000 m) : Situé au Col Nord, atteint en gravissant une pente raide de neige et de glace.
- Camp 2 (7 800 m) : Situé sur l’arête Nord, exposé aux vents violents.
- Camp 3 (8 300 m) : Le dernier camp, positionné sur d’étroites vires rocheuses.
- Difficultés Techniques : Le versant nord implique plus d’escalade rocheuse à haute altitude que le sud.
La section supérieure est définie par trois ressauts rocheux distincts (les « Steps ») :
- Premier ressaut (First Step, 8 500 m) : Une série de gros blocs et de dalles rocheuses.
- Deuxième ressaut (Second Step, 8 600 m) : La section technique la plus significative, comportant un éperon rocheux vertical équipé d’une échelle métallique permanente.
- Troisième ressaut (Third Step, 8 700 m) : Un dernier gradin rocheux avant les pentes de neige sommitales.
Chronologie historique de l'Everest
1924
Le mystère Mallory et Irvine
George Mallory et Sandy Irvine tentent la Face Nord. Ils sont aperçus pour la dernière fois le 8 juin près du Second ressaut. La découverte du corps de Mallory en 1999 n’a pas prouvé qu’ils aient atteint le sommet, laissant le mystère intact.
1953
La première ascension
Le 29 mai, Edmund Hillary et Tenzing Norgay atteignent le sommet par l’arête Sud-Est. Cette expédition britannique, dirigée par John Hunt, marque la « conquête » réussie du Troisième Pôle.
1960
Première ascension de l’arête Nord
Une expédition chinoise réalise la première ascension réussie par la Face Nord, installant la célèbre échelle métallique sur le Second ressaut, toujours utilisée par les grimpeurs aujourd’hui.
1978
Première ascension sans oxygène
Reinhold Messner et Peter Habeler défient le dogme médical en atteignant le sommet sans oxygène en bouteille, prouvant que l’homme peut survivre au point le plus haut de la Terre par ses propres moyens.
1980
Ascensions hivernales et solitaires
Une équipe polonaise réalise la première hivernale en février. Plus tard cette année-là, Reinhold Messner revient pour réussir la première ascension en solitaire, sans oxygène ni assistance, pendant la mousson.
1986
Ascension express du couloir Hornbein
Erhard Loretan et Jean Troillet gravissent la Face Nord via le Couloir Hornbein en un aller-retour de 43 heures, sans tente ni oxygène, définissant le style alpin « léger et rapide » sur l’Everest.
1988
L’année des exploits
Jean-Marc Boivin réalise le premier vol en parapente depuis le sommet, et Marc Batard établit un record de vitesse, atteignant le sommet depuis le camp de base en 22 heures et 29 minutes sans oxygène.
2001
L’ère de la glisse
Après la descente intégrale à ski de Davo Karničar en 2000, Marco Siffredi réalise la première descente intégrale en snowboard via le Couloir Norton en Face Nord.
2017
Fastest Known Time (FKT)
Kilian Jornet gravit l’Everest deux fois en une semaine depuis le monastère de Rongbuk, sans oxygène ni cordes fixes, faisant entrer la montagne dans l’ère du trail running moderne.
L'expédition
L'équipe
Son expérience, sa patience et sa gentillesse ont été cruciales durant cette expédition et les nombreuses aventures que nous avons partagées par la suite, notamment le Great Himalaya Trail. Au-delà de l’alpinisme, Jamie est animé par deux autres passions : la photographie — plusieurs de ses clichés ont été publiés par National Geographic — et la météorologie. Il a d’ailleurs été mon routeur météo à de nombreuses reprises par la suite.
C’est aussi au cours de cette expédition que j’ai rencontré Pasang Gombu. Plus tard, nous avons formé une cordée pour gravir le Makalu ensemble, et il nous a rejoints, Anna et moi, pour courir plusieurs sections du Great Himalaya Trail.
Enfin, je garde un souvenir très particulier de Namgyal, de son optimisme et de son énergie débordante. C’est avec une grande tristesse que j’ai appris sa disparition quelques années plus tard sur ce même itinéraire de l’Everest.
L'ascension
17 avril - 16 mai : Katmandou vers le camp de base de l'Everest
Le 23 Avril, nous nous sommes regroupés au camp de base, à 5 150 m d’altitude. Jusqu’au 16 mai, nous avons effectué des rotations successives entre le camp de base et le Col Nord (7 050 m). Ces trois semaines de rotations étaient essentielles pour s’acclimater à l’altitude. Parallèlement à l’acclimatation, nous avons géré le portage — nourriture, réchauds, duvets et matériel technique — pour installer progressivement nos camps d’altitude.
17 mai : CB (5 150 m) - Camp Intermédiaire (5 750 m)
Nous étions au 24ème jour de l’expédition. Dix jours se sont écoulés depuis notre dernière rotation au Col Nord à 7 050 m. Malgré trois heures d’entraînement quotidien, une inquiétude s’installe : ce repos prolongé au camp de base (5 150 m) a-t-il entamé notre acclimatation ?
Mes mesures semblent confirmer ce sentiment : ma saturation en oxygène a chuté de 90 % à 86 % en quelques jours. Cette attente est volontaire : nous avons choisi de laisser passer les expéditions commerciales qui ont profité du tout premier créneau. Nous serons plus tranquilles sur l’Everest maintenant, mais la fenêtre météo autour des 21 et 22 mai est incertaine, et le vent se renforce à nouveau.
Nous décidons finalement de monter, en pariant sur une amélioration des conditions. L’étape du jour est un trek de 12 km sur le glacier East Rongbuk pour rejoindre le Camp Intermédiaire à 5 750 m.
18 mai : Camp Intermédiaire - camp de base Avancé (6 450 m)
Nous avons poursuivi notre progression sur le Glacier East Rongbuk en empruntant la fameuse « Miracle Highway« . Cet itinéraire doit son nom aux premiers explorateurs britanniques des années 1920 : c’est une moraine, une large bande de pierres et de débris qui sépare le glacier en deux.
Suivre cette ligne nous a permis d’éviter un dédale de crevasses sur près de 10 km, rendant la marche beaucoup plus facile et rapide. Après une dernière montée raide, nous avons atteint le camp de base Avancé (ABC) à 6 450 m.
19 mai : Journée de repos
Nous sommes restés au camp de base Avancé pour récupérer des deux derniers jours. Nous en avons profité pour faire le point sur le matériel et la nourriture que nous monterons au Col Nord de l’Everest.
20 mai : ABC - Camp 1 au Col Nord (7 050 m)
La montée s’est finalement bien passée, malgré le poids important de nos sacs. Une fois au Col Nord (7 050 m), nous avons consacré le reste de la journée au repos et à l’hydratation.
21 mai : Journée de repos au Col Nord
Je ne suis pas sûr que nous ayons vraiment eu besoin de ce jour de repos ; beaucoup d’équipes l’ont sauté pour monter directement au Camp 2. Quoi qu’il en soit, nous sommes restés ici à 7 050 m toute la journée, à faire fondre de la neige pour l’eau, manger et nous reposer. De nombreux alpinistes ayant atteint le sommet plus tôt passent devant notre tente ; nous les encourageons et les félicitons, mais il est effrayant de voir à quel point ils sont épuisés.
22 mai : Col Nord - Camp 2 (7 700 m)
Un appel radio de Duncan, alors au Camp 3, nous a prévenus : la journée s’annonçait glaciale et venteuse. Vu les conditions, j’ai décidé d’enfiler ma combinaison en duvet directement pour la montée. Si les conditions de neige étaient excellentes, le vent n’a cessé de forcier durant notre progression.
À notre arrivée au Camp 2 (7 700 m), les rafales atteignaient déjà 60 km/h. Sur cette pente, l’absence de terrain plat oblige à disperser les tentes sur les rares plateformes disponibles. Confiné dans notre petite tente avec Gavin, j’ai suivi les échanges radio tendus des Sherpas tentant de secourir un alpiniste blessé à la main au Second ressaut, au-dessus de 8 600 m.
La tempête s’est intensifiée pendant la nuit. Par précaution, nous avons dormi tout habillés, notre matériel rangé dans les sacs, prêts à l’éventualité que la toile de tente ne se déchire sous la violence du vent.
23 mai : Camp 2 - Camp 3 (8 300 m)
Nous avons reçu les dernières prévisions météo par radio tôt le matin, et elles étaient mauvaises. Le vent s’était renforcé, passant de 40 à 80 km/h, et les températures au sommet devaient chuter à -25/-30°C.
Nous en avons longuement discuté. Finalement, Kirsti, Kevin et Gavin ont décidé de redescendre. Namgyal et Nima, qui voulait tenter son premier sommet, souhaitaient essayer. J’ai décidé d’y aller aussi. Jamie a préféré rester au Camp 2 pour surveiller notre ascension. Nous sommes partis immédiatement pour le Camp 3, que nous avons atteint en 4 heures. La scène au Camp 3 était terrible : le corps d’un alpiniste décédé deux jours plus tôt gisait dans la neige, des tentes étaient éventrées par le vent, et du matériel éparpillé partout. Nous avons monté notre tente un peu plus haut, ancrée par des pieux à neige sur une pente à 30°. À 8 300 mètres, c’est le camp le plus haut de tous les sommets de 8 000 m, et seules cinq montagnes au monde sont plus élevées.
Nous avons passé l’après-midi assis, essayant de grignoter malgré le manque d’appétit. Le vent soufflait toujours aussi fort. À 23h00, nous avions toutes nos couches et pas un millimètre de peau n’était exposé au vent. Nous portions nos masques de ski, même en pleine nuit, pour protéger nos yeux des gelures. J’ai glissé deux bouteilles d’eau bouillante dans ma combinaison. Mettre les crampons a pris du temps ; les lanières étaient gelées et le métal si froid qu’il collait aux gants. À 23h30, nous étions prêts à partir.
23 mai : Départ du Camp 3 à 23h30
Ce fut un soulagement d’atteindre l’arête à 8 500 m, où nous avons trouvé une neige plus dure, mais nous étions aussi beaucoup plus exposés au vent. Il avait légèrement faibli, mais il était glacial. Nous avons atteint le Premier ressaut ; c’est une courte escalade sur de gros blocs (PD, II), mais je n’ai aucun souvenir de ce passage — un trou de mémoire d’au moins trente minutes. Ensuite, la traversée a continué vers la droite le long de l’arête effilée.
Deuxième ressaut (Second Step, 8 610 m)
Le Second ressaut (8 610 m) était la section la plus difficile de l’itinéraire. La partie inférieure consistait en de gros blocs que j’ai gravis maladroitement, utilisant genoux, coudes et tout appui possible. Au-dessus, un couloir de neige raide menait au pied de la célèbre échelle. Cette échelle a été placée à l’origine par une expédition chinoise en 1960 pour aider les alpinistes à franchir le mur vertical. Monter à l’échelle était simple, mais la traversée au sommet était exposée et technique. Franchir le Second ressaut a été un énorme boost pour le moral ; je savais que j’étais à moins de deux heures du sommet et que le reste de l’arête serait moins exigeant.
Le Troisième ressaut était le plus facile et le plus court des trois. Alors que le soleil se levait, le ciel a viré à l’orange. Juste au-dessus du ressaut, j’ai croisé les dépouilles de deux alpinistes à quelques mètres seulement du chemin. J’en avais vu d’autres plus bas — certains récents, d’autres là depuis des années. C’était une vision sinistre et attristante. Même si je comprends l’immense difficulté de récupérer des corps à cette altitude, les voir si exposés a été une épreuve difficile.
De 8 700 m au Sommet
Nous avons rattrapé l’équipe colombienne dans la pente de neige finale. Puis, nous avons quitté l’arête pour partir à droite, vers l’impressionnante Face Nord de l’Everest, que nous avons longée sur quelques longueurs. Cette dernière section était très raide, fuyant d’un seul jet vers le glacier, 3 500 m plus bas.
Nous sommes sortis de la Face Nord pour rejoindre l'arête sommitale, que nous avons suivie jusqu'au sommet de l'Everest. Nous l'avons atteint à 5h45.
Sommet de l'Everest - Camp 3
Je me suis concentré pour rester calme. J’ai retiré mon masque à oxygène pour mieux évaluer la situation, puis je l’ai remis pour me reposer brièvement entre les efforts. Finalement, j’ai réussi à libérer mon pied et à bouger lentement pour atteindre le haut de l’échelle. Toute l’opération a pris environ 15 minutes, mais j’ai pu poursuivre ma descente. Je n’avais pas totalement confiance dans les vieilles cordes fixes, j’ai donc choisi de désescalader plutôt que de faire un rappel. Bien que plus lente, cette méthode me semblait plus sûre, et j’ai finalement atteint le Camp 3 vers 9h00.
Camp 3 - Camp 2
J’ai atteint le Camp 2 vers 11h30. Jamie m’a donné un demi-litre de jus, ce qui a été un soulagement bienvenu. J’ai réalisé que je portais toujours de l’eau dans ma combinaison, bien que le froid extrême l’ait rendue imbuvable. Depuis notre départ douze heures plus tôt, nous avions très peu consommé, et je ressentais les effets d’une fatigue sévère. Avec le vent atteignant 80 km/h et les conditions se dégradant, nous ne pouvions pas rester là et devions descendre rapidement.
Camp 2 - Col Nord de l'Everest
La descente vers le Col Nord de l’Everest a pris près de quatre heures, contre les cinq heures qu’il m’avait fallu pour le monter avec un sac lourd quelques jours plus tôt. À plusieurs reprises, je me suis assis dans la neige, luttant pour rester éveillé. J’ai finalement atteint le Col Nord à 15h30. Nous grimpions depuis seize heures, portant 22 kg de matériel, principalement au-dessus de 8 000 m dans la neige profonde et le froid extrême. J’avais atteint ma limite pour la journée et j’ai décidé de rester là, prévoyant de continuer la descente vers le camp de base Avancé le lendemain matin. J’ai passé une dernière nuit au camp, sachant que l’expédition touchait à sa fin avec succès.
24 mai : Col Nord de l'Everest - camp de base Avancé
Après une nuit réparatrice, je me sentais nettement mieux et prêt pour la descente finale. Jamie et moi avons démonté nos deux tentes, rassemblé notre matériel et sommes partis avec des sacs lourds. Juste avant d’arriver au camp de base Avancé, Jamie s’est rendu compte qu’il avait laissé son appareil photo là où nous avions enlevé nos crampons. Il est remonté le chercher pendant que je mangeais mon premier vrai repas depuis plusieurs jours. L’après-midi, j’ai emballé mon équipement (40 kg) pour qu’il soit redescendu par des yaks.
26 mai : camp de base Avancé - camp de base
J’ai quitté le camp de base Avancé, soulagé de traverser le Glacier de Rongbuk pour la dernière fois. Quatre heures et demie plus tard, j’atteignais le camp de base, marquant la fin de l’expédition à l’Everest. C’était un soulagement de retrouver des niveaux d’oxygène plus élevés à cette altitude. J’ai passé le reste de l’après-midi à faire mes sacs et à récupérer.
27 - 28 mai : camp de base - Zhangmu (2 300 m) - Katmandou
Traverser la frontière entre la Chine et le Népal a été le dernier obstacle, d’autant que j’avais égaré mes documents de visa dans la précipitation. Heureusement, notre représentant de l’Association Chinoise d’Alpinisme a géré efficacement les formalités d’immigration, m’épargnant ce qui aurait pu être une longue enquête.
Informations
Le climat de l'Everest
Le climat du Mont Everest est régi par sa position géographique à la limite de la troposphère et par le cycle saisonnier des moussons sud-asiatiques. À 8 848 mètres, la montagne intercepte directement le Jet Stream, un courant de haute altitude soufflant d’ouest en est.
Températures et Pressions. Les températures au sommet ne dépassent jamais le point de congélation. En moyenne, elles fluctuent entre -19°C en été et -36°C en hiver, avec des chutes occasionnelles atteignant -60°C. La pression atmosphérique au sommet est d’environ 337 mbar, soit un tiers de la pression au niveau de la mer, ce qui réduit la disponibilité en oxygène de près de 70 %.
Régimes de Vent. Le vent est le principal facteur limitant. En hiver, le Jet Stream descend en latitude et frappe le sommet avec des vitesses dépassant régulièrement 200 km/h, rendant toute progression impossible. En été, la mousson apporte des chutes de neige massives et un risque accru d’avalanches.
La « Fenêtre de Mai » : Pourquoi le 15 mai ? La période la plus favorable pour l’ascension se situe généralement entre le 10 et le 25 mai. Cette fenêtre météo correspond à une phase de transition précise :
- Déplacement du Jet Stream : Vers la mi-mai, le jet stream est repoussé vers le nord au-dessus du Plateau Tibétain par l’arrivée des masses d’air chaud de la mousson. Cela entraîne une chute soudaine de la vitesse des vents au sommet.
- L’Accalmie avant la Mousson : Cette période offre quelques jours de stabilité relative avant que l’humidité de la mousson indienne n’atteigne l’Himalaya fin mai ou début juin, apportant neige abondante et visibilité nulle.
Tenter le sommet autour du 15 mai permet donc aux alpinistes de bénéficier de températures printanières plus douces tout en évitant les vents extrêmes de l’hiver et les tempêtes de neige de la mousson estivale.
L'itinéraire de l'arête Nord-Est
Cet itinéraire, situé entièrement au Tibet (Chine), est réputé pour son exposition au vent et ses défis techniques à haute altitude. Contrairement au versant sud, il ne comporte pas de cascade de glace, mais il nécessite de rester à très haute altitude sur une longue distance.
Du camp de base au Col Nord
camp de base (5 150 m) : Accessible par la route, il est situé au pied du Glacier de Rongbuk.
camp de base Avancé (ABC – 6 450 m) : Atteint après un trek de 22 km le long du Glacier East Rongbuk, en suivant la « Miracle Highway », une bande morainique centrale qui facilite la progression au milieu des crevasses.
Col Nord (Camp 1 – 7 050 m) : L’ascension vers le col se fait sur des pentes raides de neige et de glace, obligeant les grimpeurs à passer sous des séracs menaçants à mi-pente.
L’arête supérieure
Camp 2 (7 700 m) : La montée vers ce camp est exposée aux vents d’ouest. Les emplacements de tentes sont limités et dispersés sur des vires rocheuses.
Camp 3 (8 300 m) : Le dernier camp avant l’assaut du sommet. Ce n’est pas une zone plate mais une pente de neige et de rocher inclinée à environ 30°.
Difficultés techniques du jour du sommet
La section entre 8 500 m et le sommet est marquée par trois barres rocheuses appelées « Ressauts » (Steps) :
Premier ressaut (8 500 m) : Une courte section de gros blocs avec une difficulté technique modérée (Niveau II).
Second ressaut (8 610 m) : Le passage clé de l’ascension. Il commence par des blocs rocheux (III) et se poursuit par une dalle verticale équipée d’une échelle métallique installée en 1960. La sortie au sommet de l’échelle est particulièrement exposée.
Troisième ressaut : Un dernier passage rocheux, plus court et plus facile (II), d’environ 10 mètres de haut.
4. La dernière section
Après le Troisième ressaut, l’itinéraire traverse brièvement la section supérieure très raide de la Face Nord de l’Everest avant de rejoindre l’étroite arête sommitale qui mène au point culminant à 8 848 m.


