Great Himalaya Trail (GHT), Nepal

Le Great Himalaya Trail (GHT) est l’un des réseaux de trekking les plus longs et les plus hauts au monde. Reliant les plus hauts sommets de la planète, il traverse des communautés isolées, des vallées luxuriantes et des hauts plateaux arides, à travers certains des paysages les plus extraordinaires de la Terre.

Le Great Himalaya Trail (GHT)

Présentation géographique

Le Great Himalaya Trail (GHT) est un réseau complet de sentiers et d’anciennes routes commerciales qui, reliés ensemble, forment l’un des itinéraires de montagne les plus longs et les plus hauts. S’étendant sur toute la longueur du Népal, le GHT offre une liaison continue entre les plus hauts sommets du monde, de la frontière du Sikkim à l’est jusqu’à la frontière du Tibet à l’extrême ouest.

L’itinéraire se divise en deux parcours principaux : la Route Culturelle et la High Route. Alors que la Route Culturelle serpente à travers les collines moyennes et les villages traditionnels, la High Route est une traversée d’altitude qui reste au plus près des massifs de 8 000 m. Cet itinéraire supérieur n’est pas un simple sentier mais une aventure en haute montagne à travers des zones très diverses, allant des forêts subtropicales humides aux hauts plateaux arides trans-himalayens rappelant le paysage tibétain.

La High Route

La section népalaise de la GHT High Route couvre environ 1 700 kilomètres. Compte tenu de la nature accidentée du terrain, une traversée complète nécessite généralement entre 90 et 120 jours de trekking continu, selon les conditions météorologiques et la logistique.

L’exigence physique de l’itinéraire est définie par sa verticalité plutôt que par sa seule longueur. Le dénivelé positif cumulé est d’environ 88 000 m, soit l’équivalent de dix ascensions de l’Everest depuis le niveau de la mer. Tout au long du parcours, la High Route franchit une quinzaine de cols dépassant 5 000 m, dont le Cho La, le Renjo La, le Tashi Labsta, le Chyargola La, le Yala La et le Thorong La.

Les sections les plus techniques impliquent le franchissement du West Col (6 143 m) et du Sherpani Col (6 135 m) dans la région du Makalu-Barun, qui nécessitent un équipement d’alpinisme.

Diversité régionale

L’itinéraire traverse plusieurs régions distinctes, chacune avec sa propre identité géographique et climatique.

L’Ouest et l’Extrême-Ouest : Au-delà de la chaîne des Annapurnas, le sentier pénètre dans les paysages isolés et arides du Dolpo, de Rara et de Humla. Ces zones font partie de l’ombre pluviométrique de l’Himalaya, offrant un contraste saisissant avec les régions de mousson de l’est.

Les Chaînes Centrales : Le GHT traverse le massif des Annapurnas, le Manaslu, le Ganesh Himal et le Rolwaling, où le paysage passe d’une végétation luxuriante à la toundra alpine.

L’Est : L’itinéraire traverse les régions du Khumbu (Everest) et du Makalu-Barun, caractérisées par des vallées profondes et la plus forte concentration de sommets de 8 000 m, avant de se terminer près de la base du Kangchenjunga.

Autonomie et voyage en zone isolée

Traverser la GHT High Route nécessite une planification logistique importante. Si des régions comme l’Everest ou les Annapurnas ont de nombreux lodges, une grande partie de l’itinéraire traverse des zones inhabitées où l’autonomie est obligatoire. Cela implique de gérer des provisions pour plusieurs jours, de bivouaquer dans des conditions difficiles et de naviguer sur un terrain où les sentiers sont souvent à peine visibles ou inexistants.

Les segments les plus isolés et sauvages se trouvent dans l’Extrême-Ouest, le Humla et le Dolpo, où les infrastructures sont minimales et les villages espacés de plusieurs jours de marche. À l’est, les régions du Makalu-Barun et du Kangchenjunga présentent des défis similaires en raison du terrain accidenté et de l’absence d’habitations permanentes. Le franchissement de cols techniques d’altitude comme le Sherpani Col ou le West Col nécessite une autonomie totale en environnement glaciaire.

Le GHT demande de l’engagement, de l’endurance en altitude et de l’autonomie.

Région de Humla

Courir le GHT

L'idée

Anna et moi avons envisagé un nouveau projet : courir la high route du Great Himalaya Trail. Mon objectif était de courir les 1 700 km en 40 jours, tandis qu’Anna prévoyait de courir 670 km avec moi et d’assurer le soutien logistique pour le reste. Compléter l’itinéraire dans ce délai équivalait à courir 40 marathons en 40 jours (dix UTMB ou sept Marathons des Sables).

Nous avons voyagé léger, portant des sacs de 10 kg contenant notre équipement, sacs de couchage et nourriture. Nous n’avions ni tente, ni sursac, ni réchaud, utilisant de l’Esbit pour chauffer ou mangeant froid. À quatre endroits, nous avons retrouvé une équipe pour le ravitaillement. Nous avons parcouru l’ensemble sans guide ni porteur.

La préparation

Nous avons travaillé sur ce projet pendant près de 18 mois pour rassembler toutes les informations nécessaires sur l’itinéraire. C’est à dire, diviser le parcours en étapes quotidiennes relativement égales de 40 km avec 2 500 m de dénivelé positif, et d’identifier les sites de bivouac, les lodges disponibles et les points de ravitaillement.

Trouver des informations précises et fiables pour certaines zones a été un défi majeur, notamment pour les régions du Kangchenjunga et du Dolpo. Jamie McGuinness et Richard Bull nous ont apporté une aide inestimable durant cette phase de planification et dans l’organisation de la logistique. Ce fut un plaisir de retrouver Jamie après notre expédition à l’Everest et de rencontrer Richard, lui aussi passionné de trail.

J’ai finalement construit un roadbook complet incluant des copies de cartes, des images Google Earth, des profils de distance et d’altitude, et des temps de passage estimés pour chaque col et point clé le long des 1 700 km.

Nous avions un GPS pour la sécurité, que nous n’allumions qu’en cas de doute, car nous n’avions pas la capacité de batterie pour couvrir les zones autonomes. Durant les sections en solo, j’ai utilisé un traceur GPS (Spot Messenger) et un téléphone satellite pour la sécurité et pour envoyer des nouvelles régulières.

Liste d'équipement et R&D

À l’époque, nous étions athlètes et consultants pour Berghaus, qui a sponsorisé la traversée. Durant les dix-huit mois de préparation, nous avons travaillé en étroite collaboration avec leurs équipes R&D pour développer presque tout l’équipement utilisé durant la traversée : vêtements ultralégers, sacs de trail et un sac de couchage en duvet hydrophobe qui m’a sans doute sauvé la vie durant deux nuits dans des conditions extrêmes.

Cette collaboration était exigeante compte tenu du calendrier serré, mais aussi enrichissante puisque deux des produits développés ont été récompensés par des ISPO Awards l’année suivante.

Région du Dolpo

Les 34 jours de GHT

Jours 1 à 2 : Simikot à Gamgadhi (Philippe)

Fin septembre, Anna et moi avons pris l’avion de Katmandou à Simikot, un village isolé dans la région de Humla. Notre plan initial était de courir ensemble jusqu’à Gamgadhi, mais la piste d’atterrissage étant fermée, Anna a parcouru les 20 premiers kilomètres avec moi avant de retourner à Simikot. J’ai continué seul et atteint Gamgadhi le lendemain, après avoir perdu le sentier plusieurs fois.

Total pour cette section : 110 km avec 7 000 m de dénivelé positif en deux jours.

Jours 3 à 10 : Gamgadhi à Kagbeni (Philippe)

J’ai quitté Gamgadhi seul avec un sac de 10,5 kg : huit jours de nourriture, sac de couchage, vêtements, trousse médicale, GPS, cartes et Spot Messenger. Le premier jour vers Shilenchaura était simple ; les gorges de la Mugu Karnali sont belles et le sentier relativement clair. La fin de journée fut plus difficile avec la pluie et un pont manquant sur la Karnali.

Le deuxième jour fut exigeant dès le départ. Sans tente ni sursac, j’avais trouvé abris sous de gros rochers pour rester au sec. Sans protection physique contre la faune, un loup est resté près de mon bivouac et m’a suivi le lendemain matin. Bien que la rencontre fût inquiétante, je savais qu’ils tournent généralement par curiosité. Je suis resté quand même attentif à sa position.

Le sentier a fini par disparaître, et j’ai progressé à travers glissements de terrain, éboulements et éboulis. Le temps restait mauvais : pluie, neige et vent. Sans réchaud — seulement des pastilles d’alcool qui refusaient de s’allumer dans l’humidité — j’ai réhydraté mes repas lyophilisés à l’eau froide et n’ai pu préparer de boisson chaude. Après quatorze heures d’effort, j’ai franchi le Chyargola La (5 151 m) et bivouaqué près d’une rivière en contrebas.

Région du Dolpo

Yala La (5 415 m) et Nyingma Gyansen La (5 565 m)

Jour 5. J’avais des doutes concernant le Yala La — les cartes étaient inexactes et le col se trouverait en fait plusieurs kilomètres plus au nord. Avec 10 cm de neige fraîche, trouver le sentier a été difficile. Comme prévu, le passage de crête n’était pas là où il était marqué sur les cartes, mais l’itinéraire suivait une ligne logique évitant les chutes de pierres.

Soulagé, j’ai descendu vers le Swaksa Khola, une vallée sauvage et isolée. En atteignant une crête, je me suis retrouvé face à deux loups blancs. Étant sous le vent et dissimulé par la crête, ils n’avaient pas détecté ma présence. Ils étaient aussi surpris que moi et se sont enfuis avant que je puisse attraper mon appareil photo. Une rencontre exceptionnelle.

La journée fut longue, et je n’ai pas pu couvrir la distance prévue. En montant vers le Nyingma Gyansen La, j’ai trouvé une petite grotte et décidé d’y bivouaquer.

Après avoir franchi le col, j’ai atteint la crête soulagé, sachant que j’approchais de Pho, l’un des rares villages de cette région. Ce soulagement a provoqué un relâchement de concentration, et je suis descendu dans la mauvaise vallée, suivant probablement une ancienne piste de yaks. J’ai dû remonter, épuisé et frustré, arrivant au hameau de Pho quelques heures plus tard. C’étaient les premières personnes que je voyais depuis plusieurs jours.

J’espérais acheter à manger, mais j’ai vite réalisé qu’il n’y avait rien de disponible. Le village est isolé ; les habitants ne parlaient pas anglais, il n’y avait pas de boutiques, et la nourriture était rare. Voyant mon état, certains ont proposé de partager leur maigre repas. Bien que j’étais affamé, je savais que leurs réserves devaient leur durer tout l’hiver ; j’ai poliment décliné et continué.

J’ai traversé la rivière Tora Khola sous le village — gorge profonde aux roches rouges et à l’eau turquoise — avant de trouver un endroit pour bivouaquer.

Jour 7 jusqu’à Khoma : 51 km avec 2 800 m de dénivelé. Le sentier et le temps se sont nettement améliorés. J’ai bivouaqué près de Khoma.

Jour 8 fut plus gérable : 60 km. Le principal défi fut la traversée d’une rivière puissante sous le camp. Le courant était fort et l’eau trop profonde pour traverser à gué. Un tronc tombé enjambait la rivière, couvert de glace. J’ai rampé dessus, effrayé à l’idée de glisser dans le torrent.

Mola Bhanjyang (5,030 m)

Jour 9 a commencé par une tempête de neige qui a duré jusqu’au Mola Bhanjyang (5 030 m). Le temps s’est amélioré en passant par Chharka Bot, où j’ai pu acheter quelques biscuits. J’ai continué 21 km jusqu’à mon bivouac à Nulung Sumdo, à 5 000 m.

Région du Dolpo

Jungben La (5 550 m) et traversée de rivière

Il a neigé durant la nuit. Je me suis réveillé avec 5 cm de neige fraîche sur mon sac de couchage.

J’ai franchi deux cols : le Jungben La (5 550 m) et le Jungbenley La (5 120 m).

La traversée de la rivière entre Ghok et Santa fut un défi majeur. Hormis quelques traces de yaks et de mules, le sentier était inexistant. Si la rivière n’était pas difficile à traverser, la gorge est profonde et sujette à des chutes de pierres constantes. J’espérais traverser rapidement et grimper le versant opposé pour me mettre en sécurité, mais je ne trouvais pas le chemin.

J’ai fait des allers-retours au fond de la gorge, cherchant en vain un sentier et sursautant à chaque bruit de chute de pierres. Mon GPS ne captait pas dans la gorge étroite, et je n’arrivais pas à trouver un itinéraire logique entre les parois rocheuses et les pentes d’éboulis.

Après plusieurs tentatives, j’ai repéré du vieux crottin de mule. J’ai suivi mon intuition et l’ai pisté, redécouvrant un sentier à peine visible 300 mètres plus haut. J’étais physiquement et nerveusement épuisé, mais la journée était loin d’être terminée.

Même après Santa, le sentier vers Kagbeni à travers le brouillard semblait interminable. Tard dans la nuit, j’ai enfin retrouvé Anna et Richard à Kagbeni.

Ces quelques lignes ne sont qu’un bref résumé de ce que j’ai vécu durant cette traversée du Dolpo.

Total pour cette section : 370 km avec 19 360 m de dénivelé positif en 8 jours.

Retrouvailles avec Anna à Kagbeni

En retrouvant Anna, j’ai été submergé par l’émotion. Malgré l’heure tardive, l’aventure devait reprendre le lendemain matin avec la traversée du circuit des Annapurnas.

Elle avait déjà préparé les prochaines étapes, nous permettant de repartir après une courte nuit de sommeil.

Jours 11 à 18 : Kagbeni à Syabru Besi (Anna et Philippe)

Anna et moi avons quitté Kagbeni tôt le matin. La journée a commencé par une montée continue de 2 600 m jusqu’au célèbre Thorong La (5 416 m). Nous avons atteint le col en pleine tempête de neige et avons continué de l’autre côté jusqu’à Yak Kharka, où nous avons passé la nuit dans un lodge.

Il a neigé toute la nuit. Au réveil, le spectacle était magnifique : les Annapurnas enneigés s’offraient à nous sous un ciel dégagé. Cette journée était relativement facile en dénivelé, mais nous avons parcouru 57 km, terminant dans un lodge au village de Lata Marang.

Région du Manaslu et Larkya La (5 150 m)

Jour 13 s’est bien passé. Le temps est resté clair toute la journée, et les vues étaient superbes lors de la transition de la région des Annapurnas vers le Manaslu. Nous avons couru jusqu’à Bimthang, un site magnifique entouré de montagnes.

Nous avons quitté Bimthang avant l’aube pour une journée de 60 km. Nous avons d’abord grimpé le Larkya La (5 150 m), qui offre certaines des plus belles vues du circuit du Manaslu. Après le col, nous avons entamé une longue descente, traversant plusieurs villages : Samdo, Sama Gaon, Lho et Namrung.

Région des Annapurnas

Ganesh Himal

Jour 15 a été l’une des journées les plus longues : 63 km. Le sentier était chaud, interminable et exigeant. Anna et moi sommes arrivés juste après la tombée de la nuit dans un lodge basique, mémorable surtout pour ses araignées géantes. Le lendemain n’a pas été plus facile : nous avons quitté la région du Manaslu pour entrer dans le Ganesh Himal.

Le paysage a radicalement changé, devenant plus vert, plus chaud, et beaucoup moins fréquenté. Nous avons peiné à trouver le sentier et nous nous sommes perdus plusieurs fois vers Myangal Kharka. Nous avons finalement atteint Lapagaon après 14,5 heures d’effort.

Syabru Besi - Mi-parcours du GHT

Jour 17 : nous avons monté et descendu toute la journée, parcourant 46 km avec 3 600 m de dénivelé. À ces altitudes plus basses — entre 1 600 m et 3 840 m — le temps était chaud et humide. Nous avons eu du mal à trouver à manger, trouvant seulement quelques pommes de terre bouillies à Tipling. Nous avons passé la nuit dans un lodge à Somdang. Malheureusement, j’y ai été gravement intoxiqué après avoir mangé de la viande avariée.

Jour 18. Je pouvais à peine tenir debout. Malgré la distance courte — 33 km — atteindre Syabru Besi a été un calvaire. J’ai passé huit heures à ramper plus qu’à marcher. Anna m’a soutenu, portant une partie de mon sac. Nous avons retrouvé Richard à Syabru Besi. Il apportait du chocolat.

À ce stade, Anna et moi avions parcouru la moitié du Great Himalaya Trail en dix-huit jours, en avance sur le planning. Mais nous avons alors appris la nouvelle : un cyclone de catégorie 5 (Phailin) venait de frapper le Népal.

Total pour cette section : 390 km avec 19 360 m de dénivelé positif en 10 jours.

Région du Manaslu

Jours 19 à 25 : Syabru Besi - Tilman Pass - Katmandou (Philippe)

Kyanjing Gompa et cyclone Phailin

Jour 19. Anna est rentrée à Katmandou et a pris l’avion pour la région de l’Everest afin de m’attendre et préparer la logistique. Rich et moi avons commencé la longue marche vers Kyanjing Gompa dans le Langtang, sous la pluie battante du cyclone Phailin. J’étais encore affaibli par les jours de maladie, mais j’ai réussi à continuer. Nous avons passé la nuit dans un lodge à Kyanjing Gompa.

Jour 20. Le cyclone a continué de déverser d’importantes chutes de neige et de pluie. Rich est redescendu vers Syabru Besi puis Katmandou.

Jour 21. Les chutes de neige persistaient. Quelques personnes ont tenté de gravir des sommets proches mais ont dû faire demi-tour face à la neige jusqu’à la taille. Je suis resté à Kyanjing Gompa, attendant que le temps s’améliore.

En route vers le Tilman Pass (5 315 m)

Le temps s’est amélioré le lendemain. J’ai quitté Kyanjing et me suis battu pour traverser le Langtang Khola, transformé en torrent puissant par les pluies. Au-dessus de 4 000 m, la neige profonde a considérablement ralenti ma progression. J’ai été contraint d’établir mon camp plus bas que prévu.

Jour 23. J’ai continué vers le Tilman Pass (5 315 m). Les conditions étaient horribles : avalanches et neige profonde. J’ai tracé seul pendant des heures, atteignant finalement 5 000 m.

Seul en route vers le Tilman Pass après le cyclone

Cyclone Phailin : point de rupture à 5 000 m

À 5 000 m, la neige m’arrivait à la poitrine. Je m’épuisais à tracer, n’avançant que de 70 mètres d’altitude par heure. Par moments, j’essayais de ramper à la surface plutôt qu’essayer de faire la trace. Des avalanches se déclenchaient autour de moi, bien que j’évitais les pentes exposées. Une petite voix me disait que c’était fini — que je n’avais aucune chance de franchir le Tilman Pass, et que même faire demi-tour en sécurité serait difficile.

Indépendamment du cyclone, le Tilman Pass avait toujours été une grande incertitude : informations limitées, versant opposé technique, région isolée sans villages. Avec le cyclone, impossible de savoir si les sentiers existaient encore de l’autre côté. Dévasté, j’ai décidé de faire demi-tour.

Mais cela ne résolvait pas le problème immédiatement. Avec la chaleur, les avalanches ont commencé à descendre — environ dix par heure. Mes traces de montée étaient maintenant au soleil, trop exposées. Déjà trempé, j’ai décidé de descendre par un torrent, alternant entre eau jusqu’à la taille, moraines latérales et glissades dans la neige.

Une fois sous la limite des neiges, j’ai appelé Anna pour lui dire que j’étais en sécurité et que je revenais vers Kyanjing. J’étais vivant mais démoralisé — plus à cause des risques que j’avais pris pour rien, que du revers lui-même. Je suis arrivé à Kyanjing épuisé, très tard cette nuit-là.

Retour à la réalité

De retour à Kyanjing, j’ai réalisé l’ampleur du désastre : de nombreuses personnes étaient mortes dans des avalanches, la plupart des expéditions étaient parties ou évacuées, et deux mètres de neige étaient tombés au-dessus de 5 000 m, fermant tous les cols. Il aurait fallu des jours, voire des semaines, pour que la neige se stabilise. Aucun espoir de franchir le Tilman Pass ou le Tashi Labsta prochainement.

Anna et moi avons décidé de changer d’approche. Je suis retourné à Katmandou, j’ai pris l’avion pour Lukla et l’ai rejointe à Namche Bazaar. De là, nous prévoyions de gravir l’Island Sommet (6 189 m), puis de tenter de suivre le GHT de Chhukhung à Chhechet (d’est en ouest). Nous espérions que les conditions s’amélioreraient suffisamment pour franchir les cols dans cette direction.

Jour 25. J’étais à Katmandou, en train de réorganiser la logistique et l’expédition à l’Island Sommet avec Jamie et Rich.

Total pour cette section : 122 km avec 5 300 m de dénivelé positif en 6 jours.

Katmandou à Namche Bazaar

Jour 26. J’ai quitté Katmandou, pris l’avion pour Lukla et marché directement jusqu’à Namche Bazaar. J’y ai retrouvé Anna et Pasang Gumbu. Retrouver Anna a été un moment intense.

J’étais aussi très heureux de revoir Pasang Gumbu, après nos expéditions à l’Everest et au Makalu. Toujours enthousiaste, il était ravi de nous rejoindre pour l’Island Sommet et de tenter une traversée à pied du Khumbu. L’idée de gravir l’Island Sommet était un peu inhabituelle vu les circonstances, mais puisque l’itinéraire original du GHT n’était plus possible, nous avons décidé de tirer le meilleur parti de la situation.

Région du Khumbu, Lhotse

Jours 27 à 34 : Lukla à Chhechet (Anna et Philippe)

Jour 27. Anna, Pasang et moi sommes montés à Chhukhung. Jour 28 : il y avait encore trop de neige pour tenter l’Island Sommet. Nous avons dû attendre un jour de plus à Chhukhung. Jour 29 : nous sommes montés au camp de base de l’Island Sommet.

Jour 30. Pasang et moi avons atteint le sommet de l’Island Sommet, devenant les premiers cette saison. En raison des conditions difficiles, il n’y avait que dix grimpeurs sur le sommet — très inhabituel pour cette montagne. Ensuite, Anna, Pasang et moi sommes descendus à Dingboche.

Cho La (5 330 m) et Renjo La (5 334 m) dans la neige profonde

Jour 31. Nous avons voyagé de Dingboche à Gokyo, traversant le Cho La (5 330 m) dans une neige profonde.

Jour 32. Nous avons continué de Gokyo à Thyangbo, situé au-dessus de Thame.

Une fois encore, la neige était profonde et molle au-dessus de 4 500 m. Traverser le Renjo La (5 334 m) a été épuisant. En plus de dix ans, je n’avais jamais vu autant de neige dans le Khumbu. La région était méconnaissable, presque déserte.

Tashi Labsta (5 755 m) jusqu'à l'arrivée

Jour 33. Franchir le Tashi Labsta (5 755 m) a été une véritable épreuve. La neige était encore profonde sur le col, et les neuf kilomètres de glacier et de moraine dépassaient l’imagination. Affamé et épuisé, mon corps avait atteint ses limites. Je ne pouvais tout simplement plus avancer.

Une fois encore, nous n’avions pas assez de nourriture, partageant seulement quelques barres pendant des heures d’effort intense. Anxieuse, Anna suivait mes pas, me soutenant du mieux possible. Nous avons finalement quitté cette moraine, pour être accueillis par une nouvelle tempête de neige. Nous avons atteint le hameau de Na après 14 heures d’effort.

Le dernier jour. Nous sommes descendus de Na à Chhechet, complétant les derniers kilomètres de notre voyage sur le Great Himalaya Trail sous une pluie battante et des orages. De Chhechet, une Jeep nous a ramenés à Katmandou. Nous avons passé les jours suivants à nous reposer et manger.

Total pour cette section : 225 km avec 11 300 m de dénivelé positif en 9 jours.

En descente du Tashi Labsta (5 755 m)

Informations

Statistiques finales et réflexions

Au total, nous avons parcouru 1 220 km avec 61 150 m de dénivelé positif en 30 jours. Cela représentait une moyenne quotidienne de 41 km et 2 038 m, principalement à des altitudes supérieures à 4 000 m et jusqu’à 6 189 m.

Rétrospectivement, ce rythme était clairement excessif. Cependant, il aurait pu être soutenable si les conditions météorologiques étaient restées normales et si les sentiers — en particulier dans le Dolpo — avaient été plus praticables. Compte tenu de notre objectif de compléter le GHT en moins de 40 jours, nos options étaient limitées.

En fin de compte, si une planification méticuleuse des étapes, des sentiers et des sites de bivouac est essentielle, ce sont les conditions réelles sur le terrain qui dictent le résultat.

Climat d'automne et fenêtre optimale

La saison d’automne dans l’Himalaya est la fenêtre privilégiée pour une traversée du GHT, définie par la transition entre le retrait de la mousson d’été et l’arrivée de l’hiver.

Stabilité post-mousson : Commençant généralement fin septembre, le retrait de la mousson laisse derrière lui un ciel clair, une stabilité météo et les cols d’altitude se dégagent.

Timing optimal : La fenêtre idéale se situe entre le 1er octobre et le 15 novembre.

  • Octobre : Équilibre favorable entre temps tempéré dans les vallées et temps dégagé en altitude.
  • Début novembre : Sec mais nettement plus froid ; dernière fenêtre sûre avant que les neiges hivernales ne bloquent les cols.

Températures et risques : Si la randonnée de jour est confortable, les températures nocturnes dans les camps d’altitude descendent fréquemment à -15°C. Le principal risque météorologique reste l’activité cyclonique de fin de saison, qui peut entraîner de façon inattendue d’importantes chutes de neige et des risques d’avalanche significatifs.

Direction stratégique : Est-Ouest vs. Ouest-Est

Choisir la direction d’une traversée du GHT est une décision stratégique dictée par la météo, la limite des neiges et la progression saisonnière de la mousson.

L’avantage Est-Ouest (E-O) : C’est un choix courant pour les expéditions d’automne. Partir de l’est permet de traverser les régions du Kangchenjunga et du Makalu juste au retrait de la mousson, en progressant vers les paysages plus secs du Dolpo et du Mugu à mesure que la saison se stabilise. Cette direction offre généralement une fenêtre météo favorable pour les sections arides d’altitude.

Le défi Ouest-Est (O-E) : Voyager d’ouest en est implique souvent de se diriger vers les régions de l’Everest et du Kangchenjunga à l’approche de l’hiver, augmentant le risque de neige profonde sur les cols techniques comme les Trois Cols. Les tempêtes de fin de saison peuvent déposer d’importantes quantités de neige, rendant ces passages d’altitude difficiles ou impossibles.

Notre stratégie : la direction Ouest-Est

Bien qu’un itinéraire est-ouest soit souvent suggéré, il présente un obstacle majeur en début de saison : les cols d’altitude de l’est — spécifiquement les Trois Cols — sont fréquemment encore bloqués par les neiges hivernales et sont effectivement fermés aux expéditions légères.

Pour éviter d’être bloqués à l’est au départ, la direction ouest-est a été choisie. Ce changement stratégique a transformé le trail en une course contre l’hiver. L’objectif était clair : compléter les 1 700 km en moins de 40 jours pour franchir les sections techniques d’altitude avant la fermeture de la fenêtre automnale.

Le risque : être rattrapé par les tempêtes précoces d’hiver qui peuvent déposer d’importantes quantités de neige sur les derniers cols, les plus techniques du voyage.

Analyse : stratégie équipement et nutrition

Chacun de nos sacs pesait environ 8 kg (hors nourriture et eau). Dans l’ensemble, nos choix d’équipement étaient judicieux, bien que la philosophie « léger et rapide » ait nécessité des compromis et des sacrifices en termes de confort.

Pour la nutrition, j’ai appliqué mon expérience des ultra-marathons désertiques, visant 3 700 calories par jour (environ 4,8 kg pour une période de sept jours). Cependant, nous avons eu deux problèmes majeurs :

  • Dépendance excessive à l’approvisionnement local : Nous avions trop compté sur la possibilité de trouver de la nourriture dans les villages. Si c’était facile dans les zones de trekking populaires, cela s’est avéré quasi impossible dans les régions isolées comme le Dolpo.
  • Déficit calorique diurne : J’avais prévu de m’arrêter pour un repas lyophilisé à midi. En réalité, les dix à douze heures de course quotidienne ne laissaient aucun temps pour les pauses. Manger seulement le soir a entraîné une hypoglycémie chronique pendant la journée.

Au final, la carence sévère en protéines et le déficit calorique ont entraîné une perte de poids significative et une fonte musculaire à la fin du voyage.

Sac et système de couchage


  • Sac à dos : sac ultraléger de 37L.
  • Bivouac : sac de couchage, matelas en mousse et sursac.
  • Hydratation : poche à eau de 2L.

Vêtements et couches


  • Isolation : maillots techniques manches longues zippés, veste isolée à capuche, couche intermédiaire hybride et veste isolée légère.
  • Protection météo : coupe-vent ultraléger et surpantalon imperméable.
  • Bas du corps : short de course et collants techniques avec poches latérales.
  • Tête et mains : gants de course, sur-moufles légères, gants et bonnet powerstretch, casquette mesh et tours de cou (versions chaude et légère).
  • Chaussures : chaussures de trail, chaussettes techniques de course et guêtres de trail.

Équipement technique et de sécurité


  • Navigation et communication : GPS, cartes, messager satellite (Spot) et téléphone satellite.
  • Matériel : bâtons de trekking, lampe frontale avec piles de rechange, deux paires de lunettes de soleil et couteau.

Santé, hygiène et électronique


  • Cuisine : réchaud compact (Esbit), provisions, électrolytes, vitamines et ustensiles.
  • Soins personnels : trousse médicale, couverture de survie, crème solaire et kit d’hygiène de base.
  • Électronique : appareils photo (avec piles et cartes de rechange) et lecteur MP3.

Ressources utiles

A lire
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