Himal Race, Népal

L’Himal Race est un trail exceptionnel et hors norme. Plus de 1 000 km de course de l’Annapurna à l’Everest, à travers les paysages les plus remarquables du Népal.

Le Népal

De l’Annapurna et de l’Everest

Situé au cœur de l’Himalaya, le Népal s’étend sur une bande de terre étroite entre l’Inde et le plateau tibétain. Cet emplacement géographique explique la diversité remarquable de ses paysages, de ses climats et de ses milieux naturels. Pour les passionnés d’outdoor, le pays offre un terrain de jeu exceptionnel, depuis les vallées subtropicales jusqu’aux plus hauts sommets du globe. Entre les massifs de l’Annapurna et de l’Everest, une succession de vallées, de cols et de hauts plateaux forment un ensemble unique, propice au trekking, à l’alpinisme et au trail.

La région de l’Annapurna se caractérise par un réseau dense de sentiers reliant villages, zones agricoles et forêts d’altitude. Le célèbre tour de l’Annapurna traverse des environnements très contrastés, passant de zones humides et cultivées à des paysages minéraux dominés par les hautes parois. Les cols, notamment le Thorong La, marquent des transitions nettes entre les versants méridionaux et les zones plus arides du Mustang. Cette variété géographique permet d’aborder en peu de temps une large palette de conditions climatiques et de terrains.

En se dirigeant vers l’est, les régions du Manaslu et du Langtang offrent une transition progressive vers les grands massifs de l’Himalaya central. Moins fréquentées, elles se distinguent par des vallées encaissées, des forêts de rhododendrons et des plateaux d’altitude dominés par de hauts sommets. Ces secteurs conservent un caractère plus isolé, où les itinéraires suivent souvent d’anciennes routes commerciales reliant le Népal au Tibet.

La région de l’Everest, accessible principalement par la vallée du Khumbu, est le royaume de la haute montagne. Autour du Sagarmatha, nom népalais de l’Everest, s’organisent des itinéraires de trek menant à des belvédères naturels, des glaciers et des camps de base. L’altitude élevée impose une progression mesurée, rythmée par les phases d’acclimatation. Les villages sherpas, implantés sur des replats morainiques, structurent l’occupation humaine et témoignent d’une adaptation ancienne à ces milieux contraignants.

Himal Race

Ultra-trail de 1 000 km

L’Himal Race est une course unique qui part du camp de base de l’Annapurna, traverse l’Himalaya et se termine au camp de base de l’Everest. Le parcours couvre une distance de 1 000 km pour 80 000 m de dénivelé positif, à réaliser en 23 jours.

Pour des raisons professionnelles, je n’ai pu effectuer que les douze premières étapes de la traversée, du sanctuaire des Annapurnas à Trisuli Bazar, soit 605 km et 46 000 m de dénivelé.

Ces douze jours correspondent en réalité à une combinaison de plusieurs treks emblématiques enchaînés les uns après les autres : le sanctuaire de l’Annapurna, le tour de l’Annapurna, le tour du Manaslu et le trek de Gosainkund, qui se parcourent habituellement en une soixantaine de jours.

Je suis ensuite rentré en France avec Anna, tandis que les autres coureurs poursuivaient la course jusqu’au camp de base de l’Everest.

Nous gardons un souvenir magnifique de l’Himal Race pour son ambiance, pour les personnes rencontrées et pour cette expérience unique de courir au Népal. Depuis, les kilomètres se sont accumulés pour aboutir à notre traversée du Great Himalaya Trail.

Les Chevaliers du Vent

Si je connaissais déjà le Népal et le Tibet pour y avoir mené une expédition au Cho Oyu (8 188 m), c’était pour nous la première fois que nous courions au Népal. C’était aussi notre première rencontre avec l’équipe des Chevaliers du Vent, Bruno Poirier et Jean-Marc Wojcik, que nous avons retrouvés par la suite lors de l’Everest Sky Race, ainsi qu’en expédition à l’Ama Dablam et au Kangchenjunga pour Jean-Marc.

Le règlement de la Himal Race

C’est ce que j’apprécie chez Bruno : le règlement est volontairement simple. Un point de départ, une ligne d’arrivée, parfois un point de passage, et une liberté totale dans le choix de l’itinéraire.

La course se déroule en autonomie, ce qui implique que chaque coureur transporte l’ensemble de son matériel. Cela comprend le sac de couchage, les vêtements, les médicaments, le matériel technique (corde légère, mousquetons, crampons), les barres énergétiques, un réchaud et environ 3 000 calories de nourriture de survie. Au total, le sac à dos pesait près de 9,5 kg, sans compter l’eau.

Récit de l'Himal Race

Trek vers le sanctuaire de l'Annapurna (28-30 octobre)

Naya Pul (1 100 m) – Camp de base du Machhapuchhre (3 800 m)
55 km, +4 000 m / -1 300 m

On a passé ces trois jours à rejoindre à pied le camp de base du Machhapuchhre, point de départ de la course. Ce trek a joué un rôle essentiel dans l’acclimatation, bien qu’il ait été éprouvant, puisque nous avons atteint le camp de base en deux jours et demi au lieu des six jours habituellement nécessaires. Trois coureurs ont choisi de faire l’impasse sur cette marche afin de rejoindre directement Tadapani. Quoi qu’il en soit, l’itinéraire offrait une grande variété de paysages, depuis les rizières de Naya Pul et Ghandrung jusqu’aux forêts de Dobang et aux hautes cimes environnantes.

Étape 1 (31 octobre) : Camp de base du Machhapuchhre (3 700 m) - Camp de base de l'Annapurna (4 100 m) - Tadapani (2 700 m)

50 km, +2 035 m / -3 050 m, 7 h 52

À 4 heures du matin, nous étions tous impatients de débuter cette première étape. Pourtant, sortir du sac de couchage s’est révélé difficile. La température avoisinait les 3 °C dans le lodge, et la nuit passée à 3 700 m n’avait pas été confortable.

À 6 h 30, nous sommes arrivés au camp de base de l’Annapurna, point de départ officiel de la course. Le soleil se levait sur l’Annapurna I (8 091 m), le Bahara Shikhar (7 647 m) et le Machhapuchhre (6 993 m).

La course a alors commencé. Malgré les 50 km de cette étape, le froid, l’altitude et la neige au sol, le rythme a rapidement rappelé celui d’un semi-marathon, bien loin de ce que l’on aurait pu imaginer pour une épreuve de 1 000 km.

À 11 heures, nous étions redescendus sous les 2 500 m, dans la vaste forêt du sanctuaire de l’Annapurna. La montée vers Chomrong et ses 400 m de marches s’est avérée éprouvante. La température dépassait les 30 °C, marquant un contraste saisissant en moins de quatre heures.

Les derniers kilomètres ont été à la fois superbes et épuisants. Je suis descendu à 1 800 m à Chule, avant de remonter à 2 700 m. J’avais du mal à réaliser que nous évoluions dans une forêt tropicale peuplée de singes, alors que nous marchions sur le glacier de l’Annapurna quelques heures plus tôt.

Après une douche, j’ai consacré le reste de la journée à laver mes vêtements, m’étirer et me reposer. Le premier coureur a bouclé l’étape en 4 h 52, le dernier en 10 h 48, et un participant a abandonné.

Étape 2 (1er novembre) : Tadapani (2 700 m) - Poon Hill (3 200 m) - Dana (1 450 m)

40 km, +1 460 m / -2 535 m, 5 h 55
Total : 90 km, +3 495 m / -5 580 m

Après quelques kilomètres dans la forêt tropicale, j’ai rejoint la crête entre Tadapani et Ghorepani. Le temps était dégagé, la température agréable, et j’ai pu profiter d’un panorama s’étendant du Dhaulagiri (8 167 m) à la chaîne des Annapurnas. Le sentier enchaînait les montées et les descentes avant de plonger vers Ghorepani, puis de remonter jusqu’à Poon Hill.

J’ai franchi le point de contrôle au sommet de Poon Hill, avant d’entamer une descente continue de près de 2 000 m. Vers midi, avec Mikael Delonglee et Pasang Sherpa, nous pensions être à quelques minutes de l’arrivée. Nous avons malheureusement confondu les villages de Tatopani et Dana : il restait encore 6 km et 300 m de dénivelé à parcourir. La chaleur et le sac de 10 kg ont rendu cette fin d’étape éprouvante.

Après ces longues descentes, de nombreux coureurs se plaignaient des genoux et redoutaient les trois jours suivants, au cours desquels nous devions passer de 1 400 m à 5 400 m d’altitude.

Le vainqueur a bouclé l’étape en 4 h 14, le dernier en 13 h 39. Plusieurs coureurs ont écopé de quatre heures de pénalité pour avoir évité la montée de Poon Hill.

Étape 3 (2 novembre) : Dana (1 450 m) - Marpha (2 670 m)

45 km, +1 600 m / -305 m, 5 h 59
Total : 135 km, +5 095 m / -5 885 m

J’ai quitté Dana, ses pommiers et ses orangers, pour retrouver l’univers minéral de la haute altitude. Au-dessus de Dana, la vallée devenait plus étroite et plus profonde. Le sentier, escarpé et dévasté chaque année par la mousson, devait être constamment entretenu.

Au-dessus de Kalopani, le paysage est devenu minéral et désertique, rappelant le Tibet. À Sokung, j’ai quitté le sentier pour emprunter un raccourci en restant plus près de la rivière. C’était plus court, mais cela m’a contraint à traverser le courant à plusieurs reprises, avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Ce choix ne s’est finalement pas révélé judicieux. J’ai fini par atteindre Marpha, où j’ai retrouvé Anna, qui avait raccourci les premières étapes.

Vainqueur : 4 h 33, dernier : 9 h 15.

Étape 4 (3 novembre) : Marpha (2 670 m) - Kagbeni - Muktinath (3 700 m)

25 km, +1 115 m / -150 m, 4 h 05
Total : 160 km, +6 210 m / -6 036 m

Ce fut l’étape la plus courte de la course. Nous sommes passés par Kagbeni, à l’extrémité nord du trek de l’Annapurna. Plus au nord se trouvait la province restreinte du Mustang. Nous avons bifurqué vers l’est pour entamer la montée raide menant à Muktinath.

Vainqueur : 2 h 50, dernier : 6 h 15.

Nous avons passé la journée du 4 novembre à Muktinath afin de nous reposer, de poursuivre notre acclimatation et d’effectuer un peu de nettoyage.

Étape 5 (5 novembre) : Muktinath (3 700 m) - Thorong La (5 416 m) - Khangsar (3 800 m)

45 km, +2 240 m / -2 135 m, 8 h 37
Total : 205 km, +8 450 m / -8 170 m

Pour certains coureurs, c’était une première expérience de la haute altitude. Nous avons quitté Muktinath à 5 heures du matin pour progresser lentement vers le col du Thorong La (5 416 m). Nous l’avons atteint avant 10 heures, où Maryse Dupré et Jean-Marc Wojcik, médecins et coureurs, ont contrôlé notre saturation en oxygène. La mienne était de 67 %.

J’ai ensuite commencé à courir en direction du village de Khangsar, mais pas pour longtemps : au-dessus de 5 000 m, l’effort devenait rapidement trop éprouvant. J’ai passé la majeure partie de cette étape avec Patrick Rolland et Yves Detry, à discuter d’alpinisme tout en contemplant la chaîne des Annapurnas et le Tilicho Peak (7 134 m) qui nous faisaient face.

Vers midi, nous avons traversé la rivière Jhorgeng et entamé la montée vers un petit col conduisant à Khangsar. J’ai été soulagé d’apercevoir ce village et d’y savourer un citron chaud après huit heures de course.

Vainqueur : 6 h 36, dernier : 14 h. 

Étape 6 (6 novembre) : Khangsar (3 800 m) - Lac Tilicho (5 100 m) - Manang (3 350 m)

40 km, +1 955 m / -2 405 m, 8 h 52
Total : 245 km, +10 405 m / -10 575 m

Nous avons quitté Khangsar tôt le matin pour monter vers le lac Tilicho, lors d’une nouvelle étape au-dessus de 5 000 m. Sur plusieurs kilomètres, le sentier évoluait autour de 4 000 m, traversant des pentes sablonneuses avant de devenir beaucoup plus raide sous le lac. Au-dessus de 5 000 m, l’itinéraire était enneigé. La vue sur la Grande Barrière de l’Annapurna, le lac Tilicho et le Mesokantu La était saisissante.

J’ai franchi le point de contrôle, puis entamé la descente vers Khangsar. Je m’y suis arrêté brièvement pour manger une soupe, avant de poursuivre vers Manang.

Vainqueur : 5 h 35, dernier : 11 h. Trois coureurs n’ont pas pris le départ et trois autres n’ont pas atteint le Tilicho.

Étape 7 (7 novembre) : Manang (3 350 m) - Gharyu (3 670 m) - Lata Marang (2 450 m)i

50 km, +820 m / -1 910 m, 6 h 47
Total : 295 km, +11 225 m / -12 485 m

Après trois jours passés en haute altitude, j’étais heureux de retrouver la forêt. Nous sommes passés par Gharyu, avons rapidement atteint Pisang, puis poursuivi vers Lata Marang.

Vainqueur : 4 h 32, dernier : 9 h 36. Anna, Marie-Jeanne Simons et Patrick Rolland ont quitté la course pour rentrer à Katmandou, tandis que le reste du groupe poursuivait vers le tour du Manaslu.

Étape 8 (8 novembre) : Lata Marang (2 450 m) - Dharapani (1 950 m) - Bimtang (3 800 m)

40 km, +2 050 m / -790 m, 6 h 03
Total : 335 km, +13 275 m / -13 265 m

La première partie suivait un sentier en forêt. Nous avons quitté le tour de l’Annapurna au point de contrôle de Dharapani pour prendre la direction du circuit du Manaslu. Nous avons commencé par une montée de 2 000 m vers Bimtang. Le décor rappelait les Alpes, à la hauteur des sommets près. La météo s’est dégradée, nous obligeant à accélérer afin d’atteindre le lodge avant l’orage.

Le minuscule village de Bimtang (3 800 m) ne comptait que trois ou quatre maisons délabrées où nous avons passé la nuit. Le confort était rudimentaire : quatre murs de pierre, un toit en bois et une unique pièce servant à la fois de cuisine et de dortoir. Il n’y avait ni électricité, ni eau courante, ni toilettes. La nourriture était stockée à même le sol, avec de la viande suspendue aux murs. J’avais l’impression d’être revenu quatre siècles en arrière. Trop fatigué pour être exigeant, j’ai mangé tout ce que je pouvais avant de me coucher. Le vent s’engouffrait à travers les murs fissurés et il neigeait dehors.

Étape 9 (9 novembre) : Bimtang (3 800 m) - Larkya La (5 200 m) - Sama Gaon (3 500 m)

40 km, +1 540 m / -1 700 m, 7 h 31
Total : 375 km, +14 815 m / -14 965 m

En raison de la neige fraîche, l’organisation a décidé de nous faire progresser ensemble jusqu’au col du Larkya La (5 200 m), où le départ de l’étape a été donné. Nous avons de nouveau contrôlé notre saturation en oxygène au col, avec un taux de 70 % pour moi, avant d’entamer la descente vers Sama Gompa, que j’ai atteinte deux heures plus tard avec Gilles Rostollan. Une heure et demie plus tard, nous étions à Sama Gaon.

Vainqueur : 6 h 36, dernier : 10 h 10.

Étape 10 (10 novembre) : Sama Gaon (3 500 m) - Jagat (1 250 m)

70 km, +1 300 m / -3 400 m, 9h07

Total : 445 km, +16 115 m / -18 365 m

Nous savions que cette étape de 70 km serait éprouvante. Le soleil s’est levé sur le Manaslu (8 156 m) peu après le départ. L’étape a débuté dans une forêt dense longeant la rivière. Nous avons ensuite quitté la forêt pour suivre un sentier escarpé dominant la vallée, 300 mètres plus bas. Les montées et les descentes se sont succédé sur plusieurs kilomètres. La température augmentait à mesure que nous perdions de l’altitude. J’ai rejoint Emmanuel Villeneuve, et nous nous sommes entraidés jusqu’au terme de cette étape exigeante.

Premier : 7 h 32, dernier : 13 h 40. Eddy Kern et Philippe Boyer n’ont pas terminé l’étape.

Étape 11 (11 novembre) : Jagat (1 250 m) - Arughat Bazar (500 m)

60 km, +1 160 m / -1 910 m, 6h46

Total : 505 km, +17 275 m / -20 275 m

Au réveil, les nouvelles n’étaient pas bonnes : Vincent Chautard souffrait d’un genou, Pascal Beaury et Francis Faure présentaient de nombreuses douleurs musculaires. Nous n’avions aucune nouvelle d’Eddy Kern et de Philippe Boyer, qui avaient dû passer la nuit dans un petit village quelques kilomètres plus haut. Cette étape s’est révélée aussi difficile que la précédente, avec 60 km à parcourir et un pont endommagé rendant la traversée de la rivière délicate. De plus, on nous avait recommandé de rester vigilants face aux risques d’attaques maoïstes le long de l’itinéraire.

Trente minutes après le départ, le sentier a disparu. J’ai peiné à retrouver mon chemin et à franchir la rivière. Je suis tombé dans l’eau et j’ai finalement réussi à traverser, très énervé.

À mi-parcours, le sentier se divisait. La carte se révélait très imprécise et, après plusieurs erreurs et des kilomètres inutiles, j’ai fini par trouver le bon itinéraire. Quelques kilomètres plus loin, j’ai franchi le pont brisé sans trop de difficulté, mais l’étape paraissait interminable. J’ai traversé de nombreux villages et rizières avant d’atteindre enfin Arughat Bazar.

Vainqueur : 5 h 06, dernier : plus de 12 h.

Étape 12 (12 novembre) : Arughat Bazar (500 m) - Trisuli Bazar (540 m)

55 km, +1 740 m / -1 670 m, 8 h 30
Total : 560 km, +19 045 m / -21 945 m

Nous sommes partis groupés, à la recherche du bon sentier vers Trisuli Bazar. Le climat et le paysage différaient radicalement de tout ce que nous avions traversé jusque-là. Il faisait très chaud, avec une humidité proche de 100 %, et un épais brouillard recouvrait la vallée.

Alors que nous progressions dans les rizières embrumées, certains sifflaient l’air du Pont de la rivière Kwaï ou d’Apocalypse Now, s’attendant presque à voir surgir des hélicoptères au son de La Chevauchée des Walkyries.

Quelques heures plus tard et 900 m plus haut, j’ai atteint le premier col de la journée. Je pensais que cette étape serait relativement plate, mais il n’en était rien.

Il n’y avait presque aucun touriste dans la région et il était impossible d’acheter de l’eau minérale ou des sodas. Boire l’eau des villages aurait été risqué ; je n’ai donc bu qu’un litre et demi en plus de huit heures de course. Je suis arrivé à Trisuli totalement déshydraté.

Le couvre-feu commençait à 19 heures. Les routes étaient désertes, les boutiques fermées et les fenêtres verrouillées pour ce deuxième jour de grève générale. Malgré la tension ambiante, l’atmosphère au sein du groupe restait excellente, peut-être même un peu trop : alors que nous faisions du bruit, des militaires ont frappé à la porte. Une trentaine d’entre eux sont entrés, kalachnikov au poing, pour nous demander fermement de nous taire. Nous avons dormi dans des chambres exiguës et sales, tandis que la pluie tropicale martelait les toits en tôle dans un vacarme assourdissant. C’étaient des conditions idéales pour récupérer pendant un ultra-trail.

Comme prévu, la course s’est arrêtée ici pour Maryse Dupré, deux autres coureurs et moi-même. En raison de la grève générale, nous avons dû rester à Trisuli Bazar jusqu’au 14 novembre, avant de regagner Katmandou dans un petit bus. J’étais triste de ne pas pouvoir poursuivre vers l’Everest.

Informations

Climat

À l’automne, de la mi-octobre à la fin novembre, les régions de l’Annapurna à l’Everest bénéficient généralement de conditions climatiques stables et sèches. La mousson vient de s’achever, laissant place à un ciel souvent dégagé, une excellente visibilité et des températures modérées dans les vallées. Les journées sont ensoleillées, tandis que les nuits deviennent fraîches dès 2 000 mètres et froides en haute altitude. Ces conditions font de l’automne la période la plus favorable pour la randonnée, le trail et l’alpinisme.

Les contrastes thermiques restent toutefois marqués. En quelques heures, on peut passer d’une ambiance chaude et humide dans les basses vallées à un climat nettement plus froid et venté au-dessus de 4 000 mètres. Les gelées nocturnes sont fréquentes en altitude, et les premiers épisodes neigeux peuvent apparaître sur les cols élevés. 

Organisation de la course

L’organisation était excellente, avec une équipe de soixante personnes chargées de la logistique, de la gestion des départs et arrivées d’étapes, ainsi que des points de contrôle. Deux coureurs étaient également médecins et trois autres spécialisés dans les techniques de secours.

Cela dit, c’est une course engagée : les trails en Himalaya ne sont pas ceux que l’on trouve en Europe, certaines zones sont très isolées et les secours quasi inexistants. L’expérience de la haute montagne, des longues traversées et la solidarité entre les coureurs sont fondamentales.

On a passé la majeure partie des nuits en lodge, dont le confort variait selon les régions. Côté nourriture, c’était beaucoup plus compliqué, car il est difficile de trouver les quantités et la qualité nécessaires pour des efforts répétés pendant plusieurs semaines. Il n’y a généralement pas trop de problèmes dans les zones touristiques, mais cela devient problématique dans certaines régions plus reculées. Nous avons rencontré les mêmes difficultés et les mêmes carences durant la GHT et, dans une certaine mesure, lors de la traversée des Alpes. Par la suite, nous avons essayé de limiter ces carences en prenant des poudres hyperprotéinées et des compléments en vitamines et en sels minéraux.

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