Le défi de l'Île Rouge
Madagascar Race
La Madagascar Race est une épreuve d’endurance de 250 km qui fait partie de la série 4 Deserts Roving Race. Contrairement aux événements annuels fixes dans le Gobi, le Sahara ou l’Atacama, les Roving Races visitent de nouveaux lieux chaque année. Cette édition a emmené les concurrents à la pointe nord de Madagascar, dans la région de Diana. Le parcours était parfait pour montrer la diversité de l’île, partant près de la ville d’Antsiranana et serpentant vers le sud-sud-ouest le long de la côte et des pistes intérieures pour finir près d’Ambilobe.
La structure de la course suit un format par étapes. Sur sept jours, les coureurs font six étapes distinctes. L’itinéraire se décompose généralement en quatre étapes d’environ 40 km chacune, suivies d’une étape continue de 80 km, d’une journée de repos et d’un sprint final de 10 km jusqu’à la ligne d’arrivée.
La course se déroule en autonomie, ce qui signifie que les participants sont responsables de leurs propres alimentation, à l’exception de l’eau et des tentes partagées fournies par les organisateurs. Chaque calorie, le matériel médical, le sac de couchage et les vêtements doivent être portés dans le sac à dos pendant toute la durée de la course.
Le règlement impose un minimum de 14 000 calories (2 000 par jour), mais le niveau d’effort en exige généralement plus. Pour cette course, j’avais prévu environ 23 000 calories (4,3 kg de nourriture) car je savais que j’avais besoin de bien plus que les 2 000 calories obligatoires. Combiné avec un sac de couchage, un kit de sécurité et des vêtements techniques, le poids total de mon sac au départ était d’environ 7,7 kg (sans l’eau).
Madagascar présente un défi un peu différent des autres courses dans le désert : l’humidité en plus de la chaleur. Le parcours est très varié ; les concurrents naviguent sur des plages de sable mou le long de la côte, des formations rocheuses volcaniques, des pistes de terre rouge (latérite), des rizières et des forêts de baobabs.
Le climat dans le nord de Madagascar ajoute au défi physique. Les températures ont atteint environ 35 °C mais les 60 % d’humidité ont compliqué l’effort, rendant l’hydratation et la gestion du sel cruciales.
La course a commencé à Antsiranana quelques jours avant le départ avec les contrôles techniques et les briefings. Les concurrents ont ensuite été transférés au Camp 1, situé dans un ancien camp militaire de la Légion étrangère le long d’une plage. Ce lieu a donné le ton de la semaine avant que la course ne commence officiellement le dimanche matin.
Les 6 étapes
30 août : Briefing et transfert au Camp 1
Le samedi matin : contrôle du matériel et contrôle médical avant le transfert au bivouac. Un total de 234 concurrents représentant 43 pays différents sont partis de la zone de rassemblement à Antsiranana. Le transfert vers la ligne de départ était relativement court ; un trajet en bus de 45 minutes nous a amenés au premier bivouac.
Le Camp 1 était établi le long d’une plage de sable. Nous avons été accueillis par la communauté locale, dont la curiosité et l’hospitalité ont offert une introduction à la région. Le reste de la journée a été consacré aux derniers ajustements des sacs et à la préparation pour le signal de départ le lendemain matin.
Étape 1 : « Trois baies de l'Océan Indien » – 36,7 km
La prmièe étape, intitulée « Trois Baies de l’Océan Indien », était belle mais exigeante. Le parcours suivait la succession côtière de la Baie des Dunes, la Baie des Pigeons et la Baie de Sakalava. Ces zones sont connues pour leurs eaux turquoise, leur sable blanc et leurs spots de kitesurf, mais elles représentent un défi significatif pour les coureurs.
Venant directement d’une saison d’alpinisme du Massif du Mont-Blanc, la transition vers la course sur du sable et par 36 °C a été rude.
Malgré la galère physique, le panorama était superbe. Le paysage — un mélange de végétation et de littoral — me rappelait de précédents voyages en Guadeloupe, à La Réunion et à Hawaï. J’ai réussi à boucler les 40 km en 4 h 50, finissant en 30ème position sur 230 concurrents. C’était un rappel que le processus d’acclimatation était encore en cours.
Étape 2 : « Chemin des Baobabs de Madagascar » – 46,8 km
Le bivouac sur la plage offrait une vue eceptionnelle, mais la réalité de la vie au camp était compliqué. La combinaison de vents forts, de sable et d’embruns salés — aggravée par l’absence de douches — a rendu la nuit inconfortable.
La chaleur était difficile à gérer. Une analyse de mon cardiofréquencemètre de la veille montrait que j’avais fait presque toute la course à 90 % de ma FC maximale, un niveau impossible à maintenir sur une semaine. Par conséquent, j’ai adopté une stratégie prudente pour cette étape de 46 km, ralentissant pour gérer ma température corporelle.
Je suis passé à la 60ème position au premier checkpoint, et j’ai essayé de mon concentrer sur le paysage. Le parcours passait de la côte à l’intérieur, serpentant à travers des plages de sable, des plantations de bananes et des cocotiers. Le point fort était la course sous les silhouettes des baobabs.
La chaleur restait intense et l’itinéraire comprenait de nombreuses traversées de rivières. Courir les pieds mouillés avec une forte humidité a compliqué les choses pour tout le monde ; de nombreux coureurs sont arrivés au camp avec les pieds abîmés par l’humidité et les ampoules.
Même si je me suis perdu quelques fois, j’ai réussi à regagner du terrain, finissant 34ème. L’arrivée était symp, les villageois s’étaient rassemblés sur la ligne d’arrivée, offrant une fin bienvenue à une journée fatigante.
Étape 3 : « La vallée des Tsingy rouges » – 42,1 km
J’ai commencé le troisième jour prudemment, partant à une allure modérée pour garder de l’énergie. Cette stratégie a payé ; après le premier checkpoint, mon corps répondait bien et j’ai maintenu un rythme régulier pour le reste des 42 km. Le parcours suivait une section de 3,5 km le long de la plage avant de tourner vers l’intérieur en direction du point fort géologique de la journée : les Tsingy Rouges.
Ces formations de latérite et d’argile, érodées en pinacles acérés, ressemblent à un Bryce Canyon à plus petite échelle, offrant une toile de fond unique à la course. L’itinéraire suivait des pistes de terre ouvertes où la chaleur devenait intense, rayonnant du sol rouge. Juste avant d’atteindre le bivouac, le parcours nécessitait une traversée de rivière. Bien que l’eau fût invitante, la présence de crocodiles dans les rivières locales dissuadait toute baignade.
Malgré la chaleur, ce fut une bonne journée. J’ai grimpé de treize places au classement général, finissant l’étape en 21ème position. Les effets de l’environnement étaient évidents, avec vingt-cinq concurrents ayant déjà abandonné la course.
Étape 4 : « Route vers le Lac Sacré » – 40,3 km
Ave cette 4 étape de 40,3 km on a continué l’exploration de l’intérieur des terres. Le terrain s’est transformé en vastes étendues de savane, reliées par des pistes de terre poussiéreuses serpentant à travers des villages isolés.
Le point fort de la journée était une boucle de 3 km autour du Lac Sacré (Lac Anivorano). Cette section était animée, car des foules de locaux s’étaient rassemblées pour regarder la course. La vue des coureurs en plein effort sous 40 °C amusait les villageois, qui nous encourageaient avec rires et enthousiasme.
Franchir la ligne d’arrivée a marqué la fin de quatre étapes marathon en quatre jours consécutifs. Ma forme s’améliorait à chaque étape. Le processus d’acclimatation faisait enfin effet, et je me sentais mieux qu’au début de la semaine.
Étape 5 : « La longue étape à travers la réserve des Tsingy gris » – 77 km
La « longue étape » était l’étape reine de la course, une traversée de 77 km dans la région rurale de Diana. Le paysage était typique de l’intérieur de Madagascar : des rizières vertes contrastant avec les pistes de latérite rouge, sur fond de collines volcaniques.
L’étape était belle, mais je restais concentré sur double marathon. Malgré le paysage, le monde était souvent limité aux quelques mètres de sentier devant moi. Les rivières ont clairement compliqué l’étape. Avec des chaussures constamment gorgées d’eau et l’humidité empêchant leur séchage, la gestion des pieds était un défi permanent.
Pour moi, cette étape a été compliquée. Je voulais courir lentement mais sur toute la distance sans marcher. J’ai maintenu cette allure jusqu’au bout, terminant la longue étape de jour, passant la ligne d’arrivée en 9 h 45, prenant la 16ème position. J’ai fini épuisé, ayant tout donné sur la piste.
Journée de repos
Après l’effort de la longue étape, la journée a été consacrée à la récupération. L’atmosphère du camp est passée de la compétition au soulagement partagé. Nous avons passé les heures à nous reposer, à refaire le plein de calories avec nos restes de nourriture et à discuter entre amis. C’était un repos nécessaire avant l’étape finale.
Étape 6 : « Les derniers pas vers Ambilobe » – 10 km
À l’approche de cette dernière étape, j’avais une certaine appréhension. Après 240 km d’effort, mes jambes étaient lourdes et je savais que le rythme de ce sprint serait rapide. Cela dit je n’avais pas pression ; j’avais une heure d’avance sur le coureur suivant au classement général, ce qui me permettait de courir sans le stress.
L’itinéraire consistait en un dernier tronçon de 10 km de piste poussiéreuse menant vers Ambilobe. Malgré la fatigue accumulée, la course semblait gérable et franchir la ligne d’arrivée finale a apporté de la satisfaction.
Au final cette semaine de course a été bien difficile et le niveau des coureurs était plus élevé que dans les courses précédentes. J’ai limité les dégats en terminant 19ème au général sur les 230 partants, avec 189 concurrents ayant terminé la distance complète.
Informations & Logistique
La destination : Le nord de Madagascar
La « Madagascar Race » se déroule dans la région de Diana, à la pointe nord de l’île. Alors que Madagascar est connue comme le « huitième continent » pour sa biodiversité, cette région spécifique offre une géologie difficile qui diffère des courses de désert traditionnelles. Ce n’est pas une terre de dunes de sable, mais une mosaïque complexe de terrains.
Géologiquement, le parcours traverse la terre de latérite emblématique de l’Île Rouge — un sol riche en fer — et des formations calcaires déchiquetées connues sous le nom de Tsingy. Ces pinacles acérés sont le résultat de l’érosion par les eaux souterraines et nécessitent une navigation prudente. L’itinéraire serpente également à travers des forêts décidues sèches et des bosquets de baobabs, spécifiquement l’Adansonia suarezensis, qui est endémique de cette zone.
Le climat est un défi majeur. Contrairement à la chaleur sèche du Sahara ou de l’Atacama, le nord de Madagascar est tropical. Les températures varient généralement de 30 °C à 35 °C, mais l’humidité dépasse souvent 80 %, ce qui augmente l’impact physique. L’air semble lourd et la sueur ne s’évapore pas facilement, entraînant un risque de surchauffe et de déshydratation. La région est également balayée par le Varatraza, un alizé puissant de l’Océan Indien qui peut transformer les sections côtières en couloirs difficiles.
Culturellement, c’est la terre du peuple Sakalava. La présence du Zébu (bétail à bosse) n’est pas seulement agricole mais symbolique. Le mélange de racines africaines et d’histoire, visible dans l’architecture de Diego Suarez, ajoute une touche humaine unique à l’expérience.
Stratégie alimentaire
S’alimenter pour le désert : Dans une course en autonomie, le choix de la nourriture est un équilibre entre poids et énergie. Le règlement impose un minimum de 14 000 calories pour la semaine (2 000 kcal/jour), mais pour cette course, j’ai opté pour une stratégie visant à optimiser la performance et la récupération.
Analyse de la stratégie : Mes provisions pesaient 4,3 kg pour un total d’environ 21 800 calories. Cela revenait à environ 3 700 calories par jour de course actif, ce qui est supérieur au minimum obligatoire.
- Répartition des macronutriments : Le régime était composé d’environ 58 % de glucides, 26 % de lipides et 16 % de protéines.
- Daily Structure:
- Petit-déjeuner : Muesli avec du lait en poudre (env. 500 kcal).
- Sur la piste : Un mélange de barres énergétiques et de collations salées. Dans la chaleur humide de Madagascar, la perte de sodium est importante. Les aliments sucrés peuvent devenir écœurants, je me suis donc appuyé sur des noix de cajou salées et des crackers pour maintenir l’équilibre électrolytique et l’appétit.
- Récupération et Dîner : Une boisson de récupération suivie d’un repas lyophilisé (généralement 600-800 kcal).
Comparaison : Bien que 4,3 kg soit plus lourd que les sacs des coureurs d’élite, cette stratégie est courante pour les concurrents visant un équilibre entre vitesse et récupération. Le poids supplémentaire transporté le premier jour s’avère bénéfique dès le quatrième jour, car le corps reste mieux alimenté, réduisant la fonte musculaire qui affecte les coureurs partis trop léger.


