Le Tour du Mont Blanc
Un circuit alpin à travers trois nations
Le Tour du Mont Blanc (TMB) est l’un des treks longue distance les plus emblématiques au monde, traversant un paysage spectaculaire de haute altitude à travers la France, l’Italie et la Suisse. Encerclant le puissant massif du Mont-Blanc, l’itinéraire couvre environ 170 kilomètres et implique un dénivelé cumulé impressionnant de 10 000 mètres. Parce qu’il contourne le plus haut sommet d’Europe occidentale, le paysage est un théâtre constant de glaciers suspendus, d’aiguilles de granit et de prairies alpines luxuriantes.
Traditionnellement, les randonneurs complètent le circuit complet dans le sens inverse des aiguilles d’une montre en 7 à 10 jours. Cependant, le TMB a connu une augmentation massive de popularité parmi les coureurs de trail. Alors que beaucoup parcourent maintenant la boucle en 3 à 5 jours, les athlètes d’élite repoussent les limites lors du célèbre Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), finissant les 170 km en moins de 21 heures. Ce guide spécifique décrit le voyage comme une expédition de trail running en quatre étapes, équilibrant l’intensité athlétique avec l’opportunité d’apprécier la topographie changeante.
L’une des plus grandes forces du sentier est sa flexibilité logistique. Les vallées sont parsemées de nombreux Refuges et hôtels, permettant aux coureurs de personnaliser leur kilométrage quotidien en fonction de la forme physique ou des conditions météorologiques. Commencer la boucle est tout aussi pratique, avec de multiples portes d’entrée telles que Chamonix, Les Houches, ou Les Contamines en France, Courmayeur en Italie, et Champex-Lac en Suisse.
Le TMB n’est pas un chemin unique et rigide. Il consiste en un itinéraire « classique » et plusieurs Variantes TMB officielles. Ces variantes offrent différents niveaux de défi : certaines traversent des cols plus hauts et plus techniques—comme la Fenêtre d’Arpette—plaçant les coureurs dans l’ombre immédiate des glaciers, tandis que d’autres suivent des sentiers plus bas et plus vallonnés à travers les vallées. L’itinéraire serpente à travers six systèmes de vallées majeurs, y compris le Valjoie, la Vallée des Glaciers, le Val Veni, le Val Ferret et la vallée du Trient. Notamment, certaines sections du TMB chevauchent le GR5, le sentier légendaire qui traverse l’entièreté des Alpes du lac Léman à la Méditerranée. Que ce soit en naviguant dans les éboulis techniques des hauts cols ou sur les singletracks lisses des forêts, le TMB reste l’étalon-or pour l’endurance alpine.
Quatre jours autour du massif
Nous avons décidé de courir le TMB en quatre jours, un rythme qui nous permettait de maintenir une bonne intensité athlétique tout en ayant assez de temps pour documenter le voyage par la photographie et la vidéo. Plutôt que de s’en tenir strictement à l’itinéraire classique, nous avons opté pour plusieurs variantes. Ces sentiers de plus haute altitude nous gardaient plus près des glaciers et offraient un terrain plus dramatique et technique comparé aux sentiers de vallée standard.
Nos variantes sélectionnées incluaient :
Trient – Col de Balme – Tré-le-Champ : Offrant une entrée spectaculaire dans la vallée de Chamonix.
La Flégère – Le Brévent – Refuge de Bellachat : Une traversée en balcon élevé avec une vue panoramique au premier rang sur la chaîne du Mont Blanc.
Col de Voza – Col de Tricot – Chalets de Miage – Les Contamines-Montjoie : Une belle section comprenant un pont suspendu et une descente raide dans les emblématiques pâturages de Miage.
Alors que beaucoup choisissent Les Houches comme point de départ, nous avons commencé notre boucle à Courmayeur, en Italie. C’était plus pratique pour notre logistique et nous a permis d’attaquer le côté italien du massif immédiatement.
Notre Itinéraire en 4 Étapes :
Étape 1 : Courmayeur – Champex-Lac
Traversée du Grand Col Ferret pour entrer en Suisse.
Étape 2 : Champex-Lac – Refuge de Bellachat
Une journée significative impliquant le terrain technique des Aiguilles Rouges.
Étape 3 : Refuge de Bellachat – Refuge du Col de la Croix du Bonhomme
Traversée via Les Contamines et montée aux limites du Beaufortain.
Étape 4 : Refuge du Col de la Croix du Bonhomme – Courmayeur
L’effort final de retour en Italie via le Col de la Seigne et le Val Veni.
Étape 1 : Courmayeur – Champex : 48 km et +2513 m / -2258 m
Quittant le centre de Courmayeur (1 205 m), le voyage commence par une montée régulière vers le Refuge Bertone (1 991 m), suivant initialement la route avant de passer sur un sentier bien entretenu. Une fois passé Bertone, le terrain se transforme en l’une des sections les plus courantes de tout le TMB : près de 10 km de singletrack relativement plat et fluide. Ce sentier en balcon mène au Refuge Bonatti (2 025 m), offrant un panorama de classe mondiale sur le massif du Mont-Blanc, la Dent du Géant et les Grandes Jorasses dominant le Val Ferret.
Continuant vers le nord-est depuis Bonatti, le sentier reste plat pendant environ 3 km avant qu’une descente raide ne mène aux Chalets Val Ferret (Arp Nuova). Cela marque la fin de la croisière facile et le début de la montée principale de la journée.
L’ascension commence sérieusement après avoir passé le Refuge Elena (2 062 m), où le chemin devient nettement plus raide. Vous devez gagner 470 m d’altitude pour atteindre le Grand Col Ferret (2 537 m), qui marque la frontière avec la Suisse et le point médian approximatif de l’étape.
Depuis le col, préparez-vous à une longue descente brûle-cuisses de 21 km avec une perte totale de 1 400 m. La descente initiale vers le Refuge La Peule (2 100 m) se fait sur un sentier de montagne de haute qualité, qui se transforme bientôt en chemin de terre. Vous passerez par le charmant village alpin suisse de Ferret avant d’atteindre La Fouly. La route continue ensuite par Praz de Fort et Issert, principalement sur des routes ou des sentiers faciles d’accès. Cette section représente le point bas de l’étape à 1 050 m. L’effort final implique une montée régulière à travers une belle forêt le long du « Sentier des Champignons » pour atteindre Champex-Lac.
Étape 2 : Champex – Col de Balme – Refuge de Bellachat : 45 km et +3216 m / -2559 m
Le deuxième jour commence par un départ en douceur de Champex, suivant brièvement la route avant de rejoindre le sentier vers La Bovine. Cette section implique une montée régulière : du fond de la vallée à 1 300 m au point culminant à 2 000 m, le sentier couvre 6 km, incluant une section particulièrement raide et racineuse à travers la forêt avant de s’ouvrir sur les alpages.
Du sommet, une longue descente mène au Col de la Forclaz (1 526 m). Ici, le TMB offre deux options; alors que certains se dirigent vers Vallorcine, nous avons choisi de descendre au village de Trient via un sentier facile et rapide.
De Trient, le travail sérieux commence avec l’ascension du Col de Balme (2 191 m), marquant notre retour en France. Cette montée est un solide 4,5 km avec 700 m de gain vertical. Après avoir franchi le col, nous avons opté pour la variante ouest vers le Chalet de Balme (terrain facile) suivie d’une descente technique et raide à travers la forêt pour atteindre Tré-le-Champ.
La section suivante est l’une des plus pittoresques et techniques de tout le TMB. De Tré-le-Champ, vous montez vers La Flégère, gagnant 700 m sur seulement 3 km. Ce sentier atteint son point culminant juste en dessous du Lac des Chéserys et comprend plusieurs sections techniques avec échelles et marches métalliques boulonnées dans la roche. Après avoir profité de la vue, nous sommes descendus de 3,4 km pour atteindre la station de la Flégère.
Alors que l’itinéraire UTMB descend généralement vers Chamonix à partir d’ici, nous avons poussé vers le Chalet de Planpraz (5,2 km, +200 m). Le défi final de la journée était la montée raide de 2 km (+400 m) jusqu’au sommet du Brévent (2 421 m). De ce pic emblématique, nous avons suivi le TMB/GR5 en descente sur 2 km pour atteindre le Refuge de Bellachat (2 152 m), perché comme un nid d’aigle directement en face du sommet du Mont-Blanc.
Étape 3 : Refuge de Bellachat – Col du Tricot – Croix du Bonhomme : 41 km et +2752 m / -2465 m
La vue du lever de soleil depuis le Refuge de Bellachat sur la vallée de Chamonix et le massif du Mont-Blanc est sans doute la plus époustouflante du sentier. La journée commence par une descente technique et éprouvante vers Les Houches : une chute de 1 100 m sur 7,5 km qui teste votre concentration et vos quadriceps tôt le matin. Une fois aux Houches (1 003 m), nous avons rejoint l’itinéraire classique UTMB, commençant la montée régulière vers le Col de Voza (1 653 m).
Après le col, nous avons opté pour une autre variante de haute altitude. Au lieu de suivre l’itinéraire standard descendant vers Saint-Gervais, nous nous sommes dirigés vers le Col de Tricot (2 120 m). Cette section mène du Col de Voza à Bellevue (6 km, +750 m) sur un large sentier accessible avant de passer sur un single-track étroit à travers la forêt.
L’effort final du Chalet de Tricot au Col de Tricot est une montée raide de 2 km (+415 m). Au sommet, vous êtes récompensé par une incroyable vue rapprochée de l’Aiguille du Goûter et de la dramatique face nord de Bionnassay. La descente vers les Chalets de Miage est notoirement courte et raide (1,9 km, -531 m), ce qui la rend particulièrement dure pour les jambes. Nous sommes ensuite remontés aux Chalets du Truc avant de descendre sur un chemin de terre vers Les Contamines-Montjoie (1 227 m).
Des Contamines commence la plus longue montée de la journée : une ascension massive de 12,6 km avec 1 320 m de gain vertical vers le Col du Bonhomme. La première section, atteignant Notre Dame de la Gorge, est relativement douce. Au-delà de la chapelle, le sentier se raidit alors que vous passez les refuges de Nant Borrant et de La Balme. L’environnement final devient de plus en plus minéral et sauvage à l’approche du Col du Bonhomme (2 329 m). De là, une dernière traversée technique mène au Refuge du Col de la Croix du Bonhomme (2 433 m), où nous avons passé la nuit au carrefour des massifs du Mont-Blanc et du Beaufortain.
Étape 4 : Refuge de la Croix du Bonhomme – Courmayeur : 35 km et +1452 m / -2610 m
Une fois de plus, la journée commence par une descente importante. Depuis le Refuge du Col de la Croix du Bonhomme, le sentier plonge raide vers Les Chapieux (1 585 m), couvrant 5 km avec une perte verticale de 850 m. Le terrain ici est souvent technique et nécessite un jeu de jambes prudent. En atteignant le hameau isolé des Chapieux, le long voyage de retour vers l’Italie commence.
L’ascension vers le Col de la Seigne (2 516 m) s’étend sur 11 km avec un gain total de 965 m. La première section, menant à La Ville des Glaciers (1 789 m), suit une route étroite et en pente douce à travers la vallée. Au village, vous quittez le bitume pour un sentier de montagne classique qui grimpe 707 m sur les 5 derniers km pour atteindre le col. Traverser le Col de la Seigne est un moment fort du TMB, offrant une rentrée abrupte et majestueuse en Italie avec une vue panoramique sur la face sud accidentée du massif du Mont-Blanc.
La descente dans le Val Veni est exceptionnellement pittoresque, suivant un sentier de haute qualité qui permet une allure rapide et agréable. Vous passerez le Refuge Elisabetta et continuerez le long d’un chemin de terre à travers le fond de la vallée. Après 6,5 km et une descente de 540 m, l’itinéraire prend un virage serré : au lieu de rester dans la vallée, vous commencez une montée finale vers Chécroui, franchissant un col à 2 420 m (3,2 km, +440 m).
La dernière étape de l’expédition est une descente épuisante de Chécroui à Dolonne. Pour être honnête, cette section est notoirement raide et offre peu de plaisir pour les jambes fatiguées, chutant de 1 170 m sur 8 km. Une fois que vous atteignez le village de Dolonne, un court tronçon sur la route vous ramène au cœur de Courmayeur. Cela complète la boucle de 170 km—une immersion intense de quatre jours au cœur des Alpes.
Informations pratiques
Compléter le Tour du Mont Blanc en mode fast-packing ou trail-running nécessite une logistique précise, surtout concernant les déplacements dans les vallées et l’adaptation aux conditions alpines.
Eau et Nutrition
L’un des grands avantages du TMB pour les coureurs est la densité des points d’eau. Vous trouverez des fontaines dans chaque village (Les Contamines, Courmayeur, Champex, La Fouly) et un accès à l’eau dans presque tous les refuges. Généralement, porter 1 à 1,5 litre est suffisant pour faire le lien entre les points de ravitaillement. Pour la nutrition, bien que les refuges offrent des encas et des repas, ils peuvent être espacés de plusieurs heures lors des sections à fort dénivelé. assurez-vous de transporter suffisamment de carburant riche en calories pour maintenir l’énergie pendant les longues montées, particulièrement les efforts soutenus vers le Col du Bonhomme ou le Grand Col Ferret.
Flexibilité de l’hébergement
En raison de la popularité mondiale du TMB, les refuges de montagne sont souvent complets des mois à l’avance. Cependant, les coureurs de trail ont l’avantage de la mobilité. Si les refuges d’altitude sont pleins, il existe de nombreuses options dans les villes de vallée telles que Les Houches, Les Contamines, Courmayeur et Champex-Lac. Ces villes offrent des hôtels, des gîtes et des campings qui sont souvent plus accessibles pour les réservations de dernière minute que les refuges isolés.
Adaptabilité à la météo et sécurité de l’itinéraire
La météo alpine est notoirement volatile. En cas d’avis de tempête, de vents forts ou de faible visibilité, il est fortement conseillé d’éviter les Variantes de haute altitude (telles que la Fenêtre d’Arpette ou le Col de Tricot). Au lieu de cela, restez sur l’itinéraire classique du TMB, qui reste généralement à des altitudes plus basses et suit des sentiers de vallée plus abrités.
Avant de commencer toute étape, vous devriez consulter les experts. La Chamoniarde (le centre de sécurité et d’information en montagne à Chamonix) fournit des mises à jour quotidiennes sur les conditions des sentiers, les névés et les alertes météo. De plus, les gardiens de refuge sont la meilleure source d’informations en temps réel pour leur secteur spécifique ; n’hésitez jamais à leur demander l’état du prochain col.
Guidage professionnel et soutien
Pour ceux qui souhaitent faire l’expérience du TMB mais ne se sentent pas à l’aise pour naviguer sur le terrain technique ou gérer la logistique seuls, il existe de nombreux guides de montagne professionnels et coaches de trail running dans la région. Ils proposent des tours organisés et un soutien technique, permettant aux coureurs et randonneurs de se concentrer sur l’effort tout en assurant une sécurité maximale et une optimisation de l’itinéraire.