De Wadi Rum à Petra
La route vers Petra
La Wadi Rum Race est une épreuve d’endurance de 250 km qui traverse les paysages historiques du sud de la Jordanie. Organisée par RacingThePlanet, elle relie quatre déserts distincts—Wadi Rum, Kharaza, Humaima et Wadi Araba—avant de se conclure au Trésor, dans l’ancienne cité de Petra.
Le format suit la structure par étapes commune à des événements comme le Marathon des Sables. Les concurrents affrontent six étapes sur sept jours : quatre étapes de distance marathon les quatre premiers jours, suivies d’une étape de 87 km, un jour de repos, et un sprint final de 7 km.
En course en autonomie, la gestion de la nouriture, du sac, du sommeil est aussi important que la course elle-même. L’organisation fournit l’eau et les tentes partagées aux bivouacs, mais tout le reste doit être porté : sac de couchage, équipement de sécurité obligatoire, matériel médical et nourriture pour la semaine. Le règlement impose un minimum de 14 000 calories, bien que de nombreux coureurs choisissent d’en porter davantage.
Le terrain jordanien offre une variété de surfaces : pistes, lits de rivières, canyons et étendues de sable. Si les températures diurnes sont généralement plus basses que dans le Sahara, rendant la course gérable, les nuits désertiques peuvent être froides, nécessitant une gestion thermique attentive au camp.
Cette course se déroulait dans un contexte différent. Je suis arrivé à Petra avec la fatigue d’une année sportive très chargée, ayant complété le Great Himalaya Trail et une expédition de trail en Patagonie un mois auparavant. Après le briefing et les contrôles d’équipement, nous avons rejoint le premier camp dans le désert du Wadi Rum. Malgré la fatigue, la motivation restait forte—pour les paysages, la communauté et l’expérience de partager le désert avec des amis.
La course
15 février : Briefing et transfert à Wadi Rum
Par un samedi matin froid et pluvieux, la course a débuté à Petra, l’ancienne cité nabatéenne sculptée dans le grès. Un groupe de 185 compétiteurs venus de 35 pays s’est rassemblé pour le transfert : 2,5 heures de bus suivies d’un court trajet en Jeep vers la Zone Protégée de Wadi Rum, site UNESCO connu pour ses montagnes de grès et ses dunes rouges.
Le désert semblait différent. Le paysage habituellement aride était assombri par la pluie, qui s’est infiltrée dans les tentes bédouines ouvertes du Camp 1. Avec les sacs de couchage humides, la première nuit a été inconfortable avant même le début de la course.
Étape 1 : "Lawrence's Playground" – 39,7 km
La première étape, nommée d’après T.E. Lawrence qui a traversé ces vallées durant la Révolte arabe, couvrait près de 40 km au cœur de Wadi Rum. La nuit précédente avait été difficile : la pluie constante et les sacs mouillés avaient rendu le repos pénible.
Malgré le temps couvert, les conditions offraient un compromis. La pluie avait compacté le sable, créant une surface plus ferme. De plus, les 10°C étaient moins éprouvants que les 45°C habituels.
J’ai bien commencé l’étape, courant les 20 premiers kilomètres à un rythme régulier. Mais la fatigue des expéditions du mois précédent a fini par se faire sentir. Avec des douleurs aux jambes, j’ai dû ralentir et terminé doucement.
La pluie a persisté tout l’après-midi. Les tentes bédouines mouillées offraient peu de répit. Les compétiteurs se sont regroupés autour des feux pour sécher et se réchauffer.
Étape 2 : "Wadi Rum Rock Formations" – 36,6 km
Après une nuit difficile dans l’humidité, le soleil est revenu, révélant l’étendue des formations rocheuses du Wadi Rum. Le temps dégagé a permis d’admirer les paysages de grès qui définissent cette région.
L’étape était physiquement exigeante. Mes jambes étaient douloureuses, conséquence des 2 000 kilomètres courus sur les quatre mois précédents. Avec une expédition au Makalu prévue le mois suivant, ma priorité est passée de la vitesse à la préservation. Je me suis concentré sur la gestion de l’effort pour éviter une blessure. Malgré l’inconfort, l’amélioration du temps et les paysages maintenaient le moral.
Étape 3 : "Camel Racing in Twaissah" – 37,2 km
Cette étape a marqué changement de paysage. Les 20 premiers kilomètres sont restés dans le terrain remarquable de Wadi Rum. L’itinéraire a débuté dans un canyon étroit nécessitant une progression technique. Juste après être sortis du canyon, nous avons rencontré une chamelle donnant naissance directement sur le sentier —événement inhabituel dans cet environnement.
Le terrain s’est ensuite ouvert sur une étendue de 10 kilomètres de sable orange, flanquée de hautes falaises. Le parcours a continué en traversant un lac de sel asséché avant de quitter la Zone Protégée de Wadi Rum pour entrer dans le Désert de Kharaza. Bien que le paysage de cette section fût plus plat que les canyons du matin, la journée s’est conclue par un coucher de soleil dégagé sur le camp.
Stage 4: “The Rock Bridge” – 39.3km
LNouveau un changement d’environnement pour cette quatrième étape. La température a augmenté, créant une atmosphère désertique comparée aux jours plus frais précédents. L’itinéraire est passé par la célèbre Rock Bridge, une arche naturelle de grès qui sert de point de repère dans la région.
Les douleurs aux jambes sont revenues après seulement 8 kilomètres. Incapable d’accélérer, je me suis appuyé sur la musique pour rester motivé et me concentrer sur le paysage. Ce fut une journée de patience, gérant la chaleur et le terrain pour rester en forme pour la longue étape du lendemain.
Étape 5 : "La Longue Marche sur la Route Turque" – 86,3 km
La « Longue Marche » était l’étape majeure de l’événement. Cette étape de 86,3 km a débuté à 8h00 avec 182 compétiteurs. L’atmosphère au départ était un mélange de concentration et d’appréhension. La newsletter quotidienne de l’organisation mentionnait que mes priorités étaient claires : pendant que d’autres discutaient stratégie, je m’informais sur la nourriture disponible à l’arrivée—signe que mon appétit restait intact.
Le temps était ensoleillé et plus chaud que les jours précédents. La logistique était importante pour la première section : nous sommes descendus dans le Canyon de Wadi Ahaimer, un tronçon de 20 km où aucune eau n’étaitfournie au premier checkpoint, nous obligeant à porter une charge plus lourde dès le départ. Heureusement, le canyon était étroit et ombragé, offrant une protection contr le soleil, bien que le terrain fût technique.
J’ai démarré lentement, pointant 45ème au premier checkpoint. Les douleurs aux jambes qui m’avaient affecté plus tôt ont diminué. Me sentant un peu mieux, j’ai accéléré durant la section la plus chaude du canyon et le lit de rivière qui suivait, dépassant une vingtaine de coureurs. L’itinéraire a continué à travers canyons et terrain rocheux avant une montée raide de 710 m dans la chaleur menant à l’Ancienne Route Turque.
À la tombée de la nuit, la dynamique a changé. J’ai couru 20 kilomètres aux côtés de la première femme, maintenant un rythme régulier dans l’obscurité. J’ai couru toute la distance, dépassant une vingtaine de compétiteurs supplémentaires dans les dernières heures. J’ai franchi la ligne d’arrivée en 13ème position avec un temps d’un peu plus de douze heures. Ce fut une bonne journée.
Mon ami Alex est arrivé dix minutes plus tard. Nous avons partagé un dîner froid avant de nous reposer dans une tente partiellement exposée au vent. Il faisait venteux et froid, et malgré l’épuisement, j’ai peu dormi—réaction courante après une longue course, causée par les muscles fatigués et la fatigue métabolique.
Jour de repos
Le jour suivant la Longue Marche était consacré à la récupération. Après l’effort des vingt-quatre heures précédentes, le camp a adopté un rythme plus lent. Nous avons passé la journée à nous reposer dans les tentes, mangeant nos rations restantes et discutant avec des amis. C’était une pause nécessaire avant l’étape finale menant à Petra.
Étape 6 : "Les derniers pas vers l'ancienne Petra" – 5,6 km
La dernière journée était différente du reste de la semaine : une courte étape non chronométrée conçue pour permettre aux compétiteurs de découvrir les environs sans pression. Nous avons parcouru les 5,6 km finaux à un rythme détendu, passant du terrain ouvert au paysage complexe de Petra.
Après avoir serpent é à travers les formations rocheuses qui gardent le site, l’itinéraire s’est engagé dans le Siq, la gorge étroite qui sert d’entrée ancienne à la cité. Courir entre ces hautes parois verticales, qui bloquent la majeure partie de la lumière, a mené à la conclusion de la course. La gorge se termine en s’ouvrant sur la place principale, révélant le Trésor (Al-Khazneh) sculpté dans la falaise de grès. Franchir la ligne d’arrivée devant ce monument a marqué la fin du voyage de 250 km à travers la Jordanie.
Informations
L’environnement : Wadi Rum et Petra
Le sud de la Jordanie offre un paysage spectaculaire pour l’ultra-running. La Zone Protégée de Wadi Rum, souvent appelée la Vallée de la Lune, est un site UNESCO caractérisé par de grandes formations de grès et de granit s’élevant verticalement depuis les vallées de sable rouge. Géologiquement, c’est un labyrinthe de canyons étroits, d’arches naturelles et de plaines changeant de couleur de l’ocre au rouge selon l’angle du soleil.
La course relie cette nature sauvage à Petra, l’ancienne cité nabatéenne sculptée dans la roche, ajoutant une dimension historique au défi physique. Climatiquement, cette région est une terre d’extrêmes. Si les températures diurnes en février sont généralement douces et adaptées à la course (15°C à 20°C), les nuits sont particulièrement froides, descendant souvent près du point de congélation. Cette amplitude thermique est un facteur important : le même paysage qui attire les touristes devient un environnement exigeant nécessitant une gestion thermique appropriée une fois le soleil couché.
Organisation de la course et stratégie d’équipement
La course suit un format en autonomie. L’organisation fournit l’eau aux checkpoints et des tentes partagées aux bivouacs nocturnes, mais les compétiteurs doivent porter tout le reste pour la semaine. Gérer le poids du sac est le principal défi stratégique.
Pour cette course, j’ai optimisé mon équipement pour rester léger tout en prenant plus de nourriture :
- Sac et sécurité (900 g) : j’ai utilisé un sac à dos Hyperlight de 37 L. Le kit de sécurité obligatoire comprend une lampe frontale, une boussole, un miroir de signalisation, un sac de survie et un poncho.
- Nutrition (4,4 kg) : c’est le composant le plus lourd. Bien que le règlement exige un minimum de 14 000 calories (2 000/jour), j’ai opté pour environ 21 000 calories pour soutenir l’effort, complété par des électrolytes et vitamines.
- Système de couchage (1,9 kg) : pour gérer les nuits froides, j’ai porté un sac de couchage en duvet léger, un matelas et des vêtements de camp chauds (collant powerstretch, gants, bonnet).
- Équipement de course (600 g) : le kit était minimal, composé d’une casquette mesh, d’un short et d’un haut à manches longues zippé. Pour les chaussures, j’ai utilisé des chaussures de trail équipées de guêtres pour empêcher le sable d’entrer.


